La fin de l’été approche, et celle des marchés nocturnes cannois aussi. Si le bilan de fréquentation est satisfaisant selon les exposants, ces derniers déplorent cependant une tendance des visiteurs à davantage venir pour se promener, plutôt que pour consommer.

« Pour moi personnellement, ce n’était pas une bonne saison… Il y a beaucoup de monde, par contre, il n’y a pas d’acheteur », déplore Ihssan, un exposant du marché nocturne qui se déroule tous les jeudis de l’été sur le boulevard Jean-Hibert, à Cannes. Un constat amer, largement partagé dans les allées.

Si les estivants apprécient la flânerie nocturne, le porte-monnaie, lui, reste souvent bien gardé. « Notre chiffre d’affaires a diminué par rapport à l’année dernière. Les gens achètent moins. Hier, j’étais sur le marché nocturne de Mandelieu, il y avait énormément de monde mais seulement 30 ou 40 % des gens consommaient », donne Elina, également exposante.

La conjoncture économique pointée du doigt

Un peu plus loin, Véronique, une autre exposante du marché nocturne cannois tente de justifier cette baisse de consommation : « Cette saison a été un peu compliquée par rapport à l’année dernière. La conjoncture économique est beaucoup moins favorable et on le ressent », décrypte la commerçante. Une « conjoncture » défavorable qui revient souvent dans la bouche des exposants.

Christophe Chaussé, chargé de l’organisation du marché et président de l’Association bocassienne des entreprises et commerces de Cannes ouest partage cet avis : « On s’aperçoit qu’il y a une conjoncture nationale qui est quand même assez compliquée et que la consommation est en baisse. Les gens font attention à ce qu’ils achètent aujourd’hui. On a toujours plus de monde, mais beaucoup moins de consommation. »

En cette soirée d’été sans canicule, la foule est venue en nombre au marché nocturne de Bandol dimanche.

« On vient plus pour se promener »

Audrey, une étudiante cannoise, est venue en famille. Ces vacanciers ont déjà parcouru les autres marchés nocturnes cannois du mardi et du mercredi soir. « On y va se promener », livre l’étudiante. Son frère a quand même prévu de se laisser tenter par une glace artisanale libanaise… Mais c’est tout.

Et c’est pareil pour Elia, Cannoise qui salue la qualité des stands en soulignant que « c’est artisanal, c’est toujours sympa ce qu’ils proposent ». Elle aussi l’admet : « On vient plus pour se promener. »

« Il y a autant de personnes qui se promènent que d’autres qui achètent, d’où l’intérêt d’avoir des exposants particulièrement vigilants sur la qualité de leurs produits, sur leurs produits d’appel, sur leur politique tarifaire… », présente Véronique Piel, adjointe au maire en charge de la défense du commerce, de l’artisanat, des marchés et de l’événementiel, qui se réjouis tout de même d’une « énorme fréquentation » sur les marchés nocturnes.

Les deux derniers marchés nocturnes cannois se dérouleront le mercredi 26 août sur la place du marché à La Bocca et le jeudi 27 août Boulevard Jean Hibert, de 19h à minuit.

Les deux derniers marchés nocturnes cannois se dérouleront le mercredi 26 août sur la place du marché à La Bocca et le jeudi 27 août Boulevard Jean Hibert, de 19h à minuit.
Photo : Jeanne Derieux- Le Magueresse / Nice-Matin

À Antibes, des habitués au rendez-vous, mais une météo capricieuse

Du côté d’Antibes, sur l’esplanade du Pré des Pêcheurs, les visiteurs viennent traditionnellement flâner entre 18 h et minuit. Parmi les allées animées, Isabelle tient un stand de bracelets artisanaux. Installée ici depuis trois décennies, elle a su fidéliser sa clientèle au fil des étés : « Les gens reviennent chaque année. La semaine dernière, nous avons même confectionné les bijoux d’une future mariée », sourit-elle.

Pourtant, le bilan de la saison reste lui aussi mitigé pour la majorité des exposants, mis à rude épreuve par une météo capricieuse. « On a vraiment ressenti une baisse du nombre de passants, et la canicule y est pour beaucoup, constate un vendeur de coloriages pour enfants. Même à la nuit tombée, l’air reste étouffant. Les vacanciers préfèrent rester au frais chez eux ou prolonger la baignade à la plage. »

Quand ce ne sont pas les chaleurs écrasantes qui vident les allées, ce sont les intempéries soudaines qui jouent les trouble-fêtes. Face au passage en vigilance orange le jeudi 20 août, la municipalité a d’ailleurs dû trancher en annulant purement et simplement le marché pour la soirée. Une situation inédite pour les habitués : « C’est la toute première fois qu’un soir de marché est interdit de la sorte », regrette un artisan.

« Il devrait y avoir des stands pour grignoter »

Dans ce contexte délicat, la présence des touristes étrangers permet de limiter la casse. Selon Gilles, un autre exposant, certaines clientèles internationales, notamment venues de l’Est, restent « les plus généreuses à l’heure de passer à la caisse ».

Au détour des étals, Aurélie et sa fille Lila ne repartent pas les mains vides, mais pointent néanmoins un manque de diversité dans les propositions. « Comme sur un marché d’hiver, il devrait y avoir des stands pour grignoter sur le pouce. Une part de socca chaude ou un pan bagnat auraient été les bienvenus », glissent-elles.

Un constat que partage pleinement une marchande de chapeaux voisine : « On ne comprend pas pourquoi l’artisanat de bouche est ainsi écarté. Quelques spécialités locales attireraient davantage de curieux et inciteraient le public à prolonger la promenade jusqu’au bout de la nuit. »