La possible implémentation du logiciel américain Epic au sein de douze hôpitaux vaudois a, comme attendu, suscité de vifs débats mardi après-midi au Grand Conseil. Une majorité de députés a accepté d’entrer en matière, mais les critiques ont été nombreuses.

L’objectif consiste à remplacer le dossier patient informatisé (DPI) du CHUV et de onze établissements de la Fédération des hôpitaux vaudois informatique (FHVI), dont la solution actuelle arrive en fin de vie. Cet outil interne, différent du DEP (dossier électronique du patient), permet le suivi médical des patients.

Comme nouveau logiciel, le Conseil d’Etat a porté son choix, après un appel d’offres, sur Epic. Une décision qui, depuis plusieurs mois, suscite des critiques, lesquelles se sont propagées mardi après-midi au sein du Grand Conseil.

Un risque de dépendance

Plusieurs députés ont déploré le fait de se retrouver « pieds et poings liés » face à une entreprise américaine. Cette « dépendance » financière et technologique pour « au moins 15 ans » engendrerait des « risques inutiles » en matière de protection de données et de souveraineté numérique.

Et d’autant plus avec le « Cloud Act », qui permet aux autorités américaines d’exiger les données d’une entreprise sise aux Etats-Unis.

Autre critique récurrente: « le risque de surcoûts » alors que l’investissement initial est déjà « exorbitant » avec plus de 200 millions de francs. Par ailleurs, Epic a été développé pour les grands hôpitaux américains et serait « inadapté » aux petits établissements vaudois.

Plusieurs élus, de gauche comme de droite, ont aussi souligné que « des solutions bien de chez nous » existaient, comme celle développée par les HUG à Genève en collaboration avec l’Hôpital du Valais. Ils ont critiqué « la faute politique » consistant à « se détourner des compétences locales ».

Un « saut qualitatif »

Les partisans d’Epic ont répondu qu’une procédure d’adjudication avait eu lieu et que les « nombreux experts » qui s’étaient penchés sur le dossier avaient conclu que ce logiciel était « la meilleure solution ».

Epic est déjà présent dans d’autres hôpitaux suisses (Zurich, Berne, Lucerne) et donne « satisfaction ». Ce logiciel permettra « un saut qualitatif » et facilitera la vie du personnel soignant avec, selon plusieurs estimations, un gain de dix minutes de travail administratif par heure.

Ces députés ont aussi relevé que les autres logiciels ne proposaient pas les mêmes avantages qu’Epic. La solution genevoise, par exemple, nécessiterait un développement à l’interne, avec des ressources dont ne disposent pas les hôpitaux vaudois.

Des données hébergées en Suisse

Plusieurs ont aussi critiqué « la posture » des anti-Epic, les accusant d’oublier « la finalité » du projet, à savoir l’amélioration du système de santé vaudois.

En matière de protection des données, les soutiens d’Epic ont reconnu que cette question était « légitime ». Mais ils ont souligné que les données des hôpitaux vaudois seraient hébergées en Suisse, et donc soumises au droit helvétique.

Les partisans au projet ont encore rappelé « l’urgence » à agir. Et qu’en cas de refus, il faudrait plusieurs années pour remplacer le DPI, ce qui mettrait les hôpitaux dans une position « intenable ».

Ces différents arguments ont été repris par le conseiller d’Etat Roger Nordmann, qui défendait son premier gros dossier au Parlement. Le nouveau ministre de la Santé a appelé à entrer en matière, et il a été entendu.

Au vote sur le premier projet de décret, 93 députés ont accepté d’entrer en matière, contre 43 refus et 5 abstentions. Une fois n’est pas coutume, les votes n’ont pas suivi le clivage gauche-droite, partisans et opposants à Epic se trouvant éparpillés partout dans l’hémicycle.

ats/ther