En campagne contre l’initiative ‘Sauvegarder la neutralité suisse’ en votation le 27 septembre, le conseiller fédéral Ignazio Cassis rappelle sur la RTS que « la neutralité a permis à notre pays de rester en paix pendant près de 180 ans » et qu’elle est une stratégie politique « visant à éviter que la guerre ne touche la Suisse ».
L’invasion de l’Ukraine par la Russie et la reprise par la Suisse des sanctions de l’UE contre le régime de Vladimir Poutine a relancé le débat sur la neutralité. Le peuple devra donc voter le 27 septembre sur l’initiative ‘Sauvegarder la neutralité suisse’.
« Le Conseil fédéral a toujours utilisé l’instrument des sanctions économiques contre un Etat qui, militairement, viole le droit international, en particulier le droit humanitaire international », rappelle Ignazio Cassis, conseiller fédéral en charge du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), mardi dans La Matinale de la RTS. « Selon la loi que le Parlement et le peuple ont acceptée, il est possible pour le Conseil fédéral de prendre des sanctions quand un partenaire économique important les adopte, comme l’UE. On reprend aussi évidemment automatiquement les sanctions de l’ONU depuis notre adhésion. »
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Quelle neutralité pour la Suisse? / Mise au point / 11 min. / dimanche à 20:10
Le chef de la diplomatie suisse rappelle que le Conseil fédéral a déjà repris une quinzaine de fois des sanctions de l’Union européenne contre d’autres pays, comme la Biélorussie, la Syrie ou le Venezuela. « Il n’y avait absolument rien de nouveau dans cette décision. C’était la meilleure option à disposition en ce février 2022 pour garantir à la Suisse un maximum de sécurité. La neutralité est un outil qui a un but très précis: éviter que la guerre ne touche la Suisse », souligne-t-il.
Un but qui a parfaitement fonctionné puisque « la neutralité a permis à notre pays de rester en paix pendant près de 180 ans, mais elle doit être interprétée au cas par cas pour garantir la sécurité de la Suisse et nos bons offices à l’étranger. »
C’est notre destin géographique. Nous devons coopérer avec nos voisins pour assurer notre défense
Ignazio Cassis, conseiller fédéral
L’initiative de l’UDC, qui propose une définition stricte de la neutralité dans la Constitution, limiterait la marge de manœuvre du Conseil fédéral et du Parlement, ce qui pourrait nuire à la sécurité du pays, estime le conseiller fédéral.
Coopération avec l’Otan et les pays voisins
Depuis les sanctions, la Russie considère la Suisse comme un pays inamical. « Est-ce qu’on pouvait honnêtement s’attendre à autre chose? Cela fait partie de la normalité », relève le Tessinois.
Interrogé sur d’éventuelles ingérences russes dans cette campagne, le chef du DFAE reconnaît que ces interventions sont plus précises et orientées qu’à l’accoutumée, mais « notre population est mûre et habituée aux débats politiques. Elle sait où placer ces commentaires », a-t-il déclaré.
Etre neutre en temps de paix, c’est facile. Être neutre quand il y a des guerres, c’est beaucoup plus compliqué
Ignazio Cassis, conseiller fédéral
Concernant les accusations de l’UDC sur un prétendu rapprochement dangereux avec l’Otan, Ignazio Cassis réfute toute intention d’adhérer à l’organisation, mais insiste sur l’importance de collaborer avec les pays voisins. « C’est notre destin géographique. Nous devons coopérer avec nos voisins pour assurer notre défense. »
Un outil flexible
Le conseiller fédéral Ignazio Cassis relève encore que la neutralité suisse ne s’applique pas au conflit entre Israël et Gaza, car il ne s’agit pas d’une « guerre internationale entre deux Etats ». Par conséquent, la question de sanctions envers Israël ne se pose pas, d’autant plus qu’aucune sanction n’a été adoptée par l’ONU ou l’Union européenne contre ce pays.
A ses yeux, la neutralité suisse doit rester un outil flexible, permettant de s’adapter aux contextes spécifiques des conflits. « Etre neutre en temps de paix, c’est facile. Être neutre quand il y a des guerres, c’est beaucoup plus compliqué. Il faut évaluer quelles sont les violations du droit international et quelle réaction avoir pour éviter d’être impliqué dans la guerre. Le but est toujours de garantir la sécurité de la Suisse », conclut Ignazio Cassis.
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Propos recueillis par Pietro Bugnon
Adaptation web: France-Anne Landry