Invisible et capable de s’accumuler pendant des décennies dans l’organisme, le cadmium est un métal toxique et cancérogène. Il peut aussi endommager les reins. Pour la première fois, l’émission A Bon Entendeur a fait analyser l’urine de 30 volontaires romands, avec des résultats plutôt rassurants.
C’est un poison silencieux qui s’accumule dans notre organisme au fil des décennies. En France, la dernière étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire est alarmante: 47% des adultes dépassent aujourd’hui les valeurs recommandées d’exposition au cadmium.
Pour mesurer l’exposition de la population helvétique, les équipes d’A Bon entendeur ont lancé un appel au public au début de l’été. Trente volontaires non fumeurs de tous âges, issus de l’ensemble des cantons romands, ont accepté de participer à un test inédit. Durant 24 heures, chacun a récolté son urine dans un bidon afin de mesurer en laboratoire la charge de ce métal lourd accumulée dans leur corps.
En Suisse, la limite sanitaire est fixée à 1 microgramme dans l’urine, seuil au-delà duquel des complications médicales peuvent survenir. Toutefois, en raison de la propension du cadmium à s’accumuler à long terme, la France applique un objectif beaucoup plus sévère: ne pas dépasser 0,5 microgramme à l’âge de 60 ans.
Appliquée au panel romand d’ABE, la courbe de recommandation française livre un verdict plutôt rassurant: 27 participants sur 30 se situent sous la ligne de vigilance, affichant un taux optimal.
>> Voir le sujet d’A Bon entendeur :
Alerte au cadmium : la population suisse exposée ? / A bon entendeur / 23 min. / hier à 20:10
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Un danger pour les reins et les os
Pour décrypter les résultats, la RTS a sollicité l’expertise d’Unisanté à Lausanne. Le professeur David Vernez, chef du Département santé, travail et environnement, rappelle la dangerosité de cette substance. « Le cadmium est un métal assez toxique. Il s’accumule dans les reins et peut conduire à des insuffisances rénales. Il possède également d’autres propriétés toxiques, il est notamment cancérogène et peut avoir des effets sur le développement. »
Trois cas se révèlent toutefois problématiques. Le taux le plus élevé (0,62 microgramme) a été détecté chez Viviane, une habitante de La Tour-de-Peilz (VD) âgée de 69 ans. Pour expliquer cette mesure, l’hypothèse de son enfance passée dans une ferme en France est sérieusement envisagée. A l’époque, son alimentation était notamment très riche en pain de boulangerie locale.
« Le cadmium s’élimine très lentement du corps. Il n’est donc pas du tout impossible qu’une exposition plus élevée durant le jeune âge adulte ait conduit à une accumulation tardive », décrypte le spécialiste d’Unisanté. Un constat qui résonne douloureusement pour la sexagénaire, qui souffre aujourd’hui d’ostéoporose, une maladie osseuse statistiquement liée à une forte imprégnation au cadmium.
Les deux autres dépassements concernent des enfants de 10 ans établis dans les cantons de Vaud et de Fribourg, avec des taux de respectivement 0,15 et 0,16 microgramme. Si la tendance n’est pas corrigée par des habitudes de vie adaptées, ils risquent de franchir le seuil critique à l’âge adulte.
>> Le sujet d’A Bon entendeur sur les effets du cadmium sur le corps :
Notre corps, est-il saturé de cadmium ? / A bon entendeur / 9 min. / hier à 20:10 Alimentation bio, hygiène de vie et génétique
A l’inverse, Françoise, retraitée installée à Crissier (VD) et aînée des testeurs, affiche un taux exceptionnellement bas. Mais alors, quel est son secret? « J’essaie de prendre soin de ma santé et je fais presque toutes mes courses en bio, y compris pour les céréales », confie-t-elle.
Si l’alimentation biologique peut effectivement réduire l’exposition, elle ne garantit pas un risque zéro, car certains engrais phosphatés autorisés en bio contiennent aussi du cadmium. Selon David Vernez, le résultat de Françoise s’explique surtout par une hygiène de vie rigoureuse combinée à des facteurs génétiques et « un peu de chance ».
Du côté des professionnels de la terre, les nouvelles sont également bonnes. Gabriel, agriculteur à Cheiry (FR), et sa fille Isaline présentent des taux parfaitement dans les normes, malgré la manipulation régulière de poussières de sol et d’engrais. « Le fait de manipuler des engrais, si l’on respecte des précautions d’hygiène élémentaires, n’expose pas a priori à une surcontamination », rassure le professeur d’Unisanté.
Un enjeu de santé publique
Invité sur le plateau d’A Bon entendeur, le toxicologue Vincent Perret juge les résultats « vraiment rassurants ». Il souligne toutefois l’intérêt du dépistage, notamment chez les enfants présentant des taux plus élevés: « On voit que le dépistage permettrait d’infléchir la courbe avec de bonnes pratiques. »
Pour le spécialiste, cette expérience illustre surtout l’importance de mieux surveiller l’exposition aux polluants environnementaux. Il estime que la Suisse devrait faciliter l’accès au dépistage et met en garde contre une baisse des moyens consacrés à la recherche et au monitoring. « C’est vraiment un outil clé en termes de santé publique », conclut-il.
>> Revoir le sujet de Géopolitis sur le cadmium :
Cadmium, bombe sanitaire / Geopolitis / 26 min. / le 7 juin 2026
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Alexandre Willemin