La Hardturm de Zurich, le vieil édifice qui a donné son nom à l’ancien stade de la ville, a révélé une partie de ses secrets, grâce à des fouilles archéologiques. Contrairement à ce qu’on imaginait jusqu’à présent, la tour médiévale n’était pas isolée, mais faisait partie d’un ensemble fortifié plus vaste. Aujourd’hui, elle trône dans un quartier branché en pleine expansion.

Dans le quartier de Zurich-Ouest, la Hardturm se dresse à l’abri des regards, entre un pont ferroviaire et des immeubles d’habitation. Cette imposante tour médiévale a donné son nom à tout le secteur, du Hardbrücke au Rathaus Hard en passant, bien sûr, par l’ancien stade de foot du Hardturm. La tour est l’un des derniers témoins du Zurich du XIIIe siècle.

Récemment, les archéologues de la Ville ont profité des travaux d’excavation réalisés en vue du remplacement d’une importante conduite d’eau pour rechercher des vestiges historiques aux abords de l’ancienne tour fortifiée. Une mission particulièrement intéressante, car la Hardturm a longtemps posé des énigmes aux chercheuses et chercheurs.

Jusqu’ici, les spécialistes partaient du principe qu’il s’agissait d’une tour isolée dans le paysage. Mais les archéologues ont fait une découverte surprenante: un large fossé et une enceinte. L’ensemble constituait un château de plaine, avec un pont permettant de franchir la Limmat.

Les fouilles aux abords de la Hardturm, dans le quartier de Zurich-Ouest, se déroulent sur une longueur d'environ dix mètres et une profondeur de trois mètres. [STADTARCHÄOLOGIE ZÜRICH] Les fouilles aux abords de la Hardturm, dans le quartier de Zurich-Ouest, se déroulent sur une longueur d’environ dix mètres et une profondeur de trois mètres. [STADTARCHÄOLOGIE ZÜRICH] Contrôle du trafic et droits de passage

C’est une « fouille unique dans une vie », explique Manuel Zürcher. L’archéologue travaille depuis 15 ans au service d’archéologie de la Ville de Zurich. « Nous avons désormais une preuve très claire: il y avait ici un château avec un fossé et un mur d’enceinte. »

Stephan Wyss, responsable du service d’archéologie de la Ville, souligne l’importance de ce lieu au Moyen Âge. « À cet endroit, la Limmat est peu profonde. La topographie se prête parfaitement à un passage sur la rivière », souligne-t-il. La Hardturm permettait ainsi de contrôler le trafic et le commerce et, probablement, de percevoir des droits de passage. La tour avait également une fonction militaire et symbolisait la capacité de défense de la ville.

Selon les archéologues, d’autres bâtiments ont également dû exister dans la zone, notamment pour y habiter mais aussi pour stocker des provisions, abriter des étables ou exercer des activités artisanales. Au cours des prochaines semaines, les spécialistes espèrent ainsi découvrir d’autres vestiges et mieux comprendre comment la vie se déroulait dans cette zone.

>> Ecouter un extrait du sujet de SRF : SRF, Regionaljournal Zürich Schaffhausen, 24.08.2026, 12h03 « Démolition contrôlée »

Dans tous les cas, la découverte de l’ensemble fortifié va compléter de manière décisive l’histoire de la Hardturm et, plus généralement, de la cité de Zwingli, estime Stephan Wyss. « L’histoire de Zurich, de ses quartiers et de ses châteaux n’est pas définitivement écrite. Beaucoup de choses sommeillent encore sous terre », relève-t-il.

Aussi uniques et importantes soient-elles, ces fouilles montrent par ailleurs que l’archéologie peut aussi être très pragmatique, voire franchement dépourvue de sentimentalisme. En effet, Stephan Wyss évoque une « démolition contrôlée » de l’enceinte fortifiée, située dans une zone urbaine en pleine expansion.

Les vestiges ne seront donc pas exposés, mais documentés, puis éliminés. Les archéologues ont encore jusqu’à fin septembre pour faire leur travail. La Ville de Zurich consacre un peu plus de 120’000 francs à ce projet.

Au terme du travail des archéologues, l'enceinte fortifiée mise à nu sera soit recouverte, soit éliminée. [STADTARCHÄOLOGIE ZÜRICH] Au terme du travail des archéologues, l’enceinte fortifiée mise à nu sera soit recouverte, soit éliminée. [STADTARCHÄOLOGIE ZÜRICH]

Peter Schürmann, SRF

Adaptation pour RTSinfo: Didier Kottelat