La commission de la santé du Conseil national veut durcir l’accès au remboursement des soins de psychothérapie par l’assurance maladie obligatoire, en revenant sur une réforme introduite en 2022.

Jusqu’en juillet 2022, pour qu’une psychothérapie soit remboursée par l’assurance maladie obligatoire, il fallait qu’un psychiatre la délègue à un psychologue, qui travaillait sous sa responsabilité.

Mais en mars 2021, alors que la pandémie de Covid-19 levait brutalement le voile sur les problématiques de santé mentale, le Conseil fédéral avait décidé de faciliter l’accès à ces soins. Les psychologues ont alors été autorisés à exercer de manière autonome, et il suffit désormais d’une prescription d’un ou une généraliste pour que leurs prestations puissent être facturées à la LAMal.

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La droite veut revenir en arrière

Depuis cette réforme, les remboursements de psychothérapies ont presque doublé, d’un peu plus de 500 millions de francs en 2021 à plus de 900 millions en 2024. Et selon les partis de droite, PLR en tête, ces coûts ont un impact sur les primes maladies et doivent être endigués.

Ils ont été suivis par la commission de la Santé du Conseil national, dont la majorité de droite souhaite désormais revenir à la prescription uniquement par un psychiatre, sur la base d’un diagnostic « sûr ».

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« L’idée, c’est de revenir au modèle d’avant qui coûtait beaucoup moins cher. On aimerait réduire les psychothérapies prises en charge aux cas médicaux », argue le conseiller national PLR genevois Cyril Aellen. « Si vous avez un problème de couple, une psychothérapie est souvent adaptée, mais ce n’est pas une maladie. »

Pas des « thérapies de confort »

Cet argumentaire agace le coprésident de la Fédération suisse des psychologues Loris Rohrbach Grandjean: « Dans nos consultations, on ne traite pas des gens qui ont des problèmes de couple. Nos patients ont des diagnostics psychiatriques avec une souffrance clinique notoire », balaye-t-il mercredi dans La Matinale de la RTS. « On paie des primes pour des personnes qui ont besoin de soins, pas pour des thérapies de confort. »

Il insiste sur le fait que, pour être remboursé, le suivi psychothérapeutique doit être prescrit par un médecin généraliste. « Dans notre système, ce sont des gens qu’on voit régulièrement, qui connaissent leurs patients et leurs patientes et qui peuvent donc les orienter et faire le tri », rappelle-t-il.

>> Ecouter l’interview complète dans La Matinale : Faut-il restreindre l’accès au remboursement d’une psychothérapie? Interview de Loris Rohrbach Grandjean / La Matinale / 6 min. / aujourd’hui à 07:18 « Exactement » le rôle des généralistes

Et nul besoin pour cela d’être spécialisé: « Ils ont la formation pour reconnaître une indication, un besoin. Si vous allez chez votre généraliste parce que vous avez mal au ventre, il ou elle pourra reconnaître le besoin de voir un gastro-entérologue, sans avoir à poser un diagnostic définitif. Donc oui, c’est exactement leur rôle dans notre système de santé! »

Le retour au modèle antérieur compliquerait donc l’accès aux soins. « L’idée, ce serait que le généraliste constate que vous avez besoin d’un soutien psychique et qu’il vous envoie trouver un ou une psychiatre qui aura du temps pour vous voir, ce qui n’est pas toujours facile. Donc le parcours s’allonge pour les gens qui en ont besoin », expose le psychologue.

Un coût pour les patients, l’économie et la société

Les spécialistes rappellent également que le non-recours ou les retards de soins engendrent parfois des traitements plus longs, plus chers, ainsi qu’un coût plus grand pour la société dans son ensemble.

« Pour rappel, l’augmentation des coûts, c’est aussi un indicateur qu’il y a une meilleure couverture des soins dans notre pays, ce qui était le souhait du Conseil fédéral », relève Loris Rohrbach Grandjean.

À l’inverse, « quand on n’a pas accès aux soins dont on a besoin, ça devient rapidement chronique. Je rappelle que les troubles psychiques sont la première cause de rente invalidité dans notre pays. Donc, je vois non seulement des problèmes massifs pour les premiers concernés, les patients et les patientes, mais également au niveau du système », souligne-t-il.

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Le Conseil national devra se prononcer prochainement sur cette motion.

Texte web: Pierrik Jordan

Sujet et interview radio: Marielle Savoy et Valérie Hauert