L’historien spécialiste du Moyen-Orient Jonathan Piron analyse dans l’émission Tout un monde les conséquences des nouvelles sanctions économiques américaines contre l’Iran. Entre aggravation des conditions de vie de la population et durcissement du régime, il décrit une impasse où ni Washington ni Téhéran ne semblent prêts à céder.

Le durcissement des sanctions économiques américaines contre l’Iran, décidé en début de semaine, aggrave les conditions de vie de la population. Entre inflation galopante et pénuries, les témoignages recueillis à Téhéran illustrent une crise sociale sans précédent. Officiellement l’inflation dépasse les 70%, même 130% pour les produits de consommation courante.

>> Ecouter le témoignage d’un Iranien dans le 12h30 : Face aux nouvelles sanctions des Etats-Unis envers l’Iran, un cordonnier de Téhéran témoigne / Le 12h30 / 1 min. / hier à 12:37

Mais « ces nouvelles sanctions pourraient encore davantage amener le régime à considérer qu’il doit répliquer et que négocier avec les Etats-Unis ne sert à rien », analyse dans l’émission Tout un monde Jonathan Piron, historien, spécialiste de relations internationales et du Moyen-Orient. « Ces mesures font prendre conscience à Téhéran que, finalement, les Etats-Unis n’ont pas de volonté d’arriver à un accord avec l’Iran, mais ont plutôt la volonté de faire tomber le régime, puisque ces mesures vont directement frapper la population ».

>> L’interview dans Tout un monde : Sanctions contre l’Iran: de la guerre économique au risque d’escalade / Tout un monde / 11 min. / hier à 08:12

Le régime se prépare d’ailleurs à une nouvelle opposition de la population, relève l’expert. De nouvelles figures sont ainsi arrivées au pouvoir, notamment « des durs qui ont pris la direction des forces de sécurité qui sont chargées de réprimer la population. Preuve, s’il en est, que le régime est prêt à étouffer tout mouvement de contestation. On voit aussi que les exécutions continuent à se succéder à un rythme très inquiétant ».

Alors que le nouveau train de mesures américain veut s’en prendre aux partenaires directs de l’Iran, Téhéran « va essayer de créer de nouvelles dissensions, des conflits diplomatiques entre les Etats-Unis et d’autres pays de la région », explique Jonathan Piron, mais « on est toujours dans une situation de doute constant où il est très difficile de prévoir comment les choses vont évoluer: va-t-on vers l’annonce d’un nouvel accord ou une escalade militaire? »

Il est très difficile en fait de faire confiance à l’administration américaine en place »

Jonathan Piron, historien, spécialiste de relations internationales et du Moyen-Orient « Retourner à la table des négociations »

La situation est dans une impasse. D’un côté, le régime considère que les rapports de force sont à son avantage, notamment concernant le contrôle du détroit d’Ormuz, d’un autre, il estime qu’il est impossible pour le moment d’arriver à une entente durable avec les Etats-Unis. Cette situation pourrait durer jusqu’aux élections de mi-mandat (midterms) début novembre, voire jusqu’à l’élection du prochain président des Etats-Unis. « Pour certains membres du gouvernement, il est très difficile en fait de faire confiance à l’administration américaine en place », selon le spécialiste.

Mais « il y a un moment, il va falloir retourner à la table de négociation, parce que c’est seulement de cette manière diplomatique qu’on peut arriver à une stabilité dans la région. D’ailleurs, la plupart des États de la région le demandent. Mais aujourd’hui, cette volonté de négocier n’est pas présente aussi bien du côté américain que du côté iranien », conclut Jonathan Piron.

Propos recueillis par Eric Guevara-Frey

Adaptation web: France-Anne Landry