A peine les derniers accords de la 4e Symphonie de Tchaïkovski ont-ils retenti dans la salle du KKL de Lucerne que le public exulte. Kirill Petrenko et l’Orchestre philharmonique de Berlin viennent de livrer une interprétation fulminante de cette œuvre sombre et tragique teintée du «fatum» – la fatalité, le destin. Il faut dire que la combinaison d’un chef d’origine russe profondément musicien – établi depuis les années 1990 en Autriche puis en Allemagne, ouvertement opposé à la politique du Kremlin et à l’invasion de l’Ukraine – et de cette formation légendaire, promettait le meilleur.

Ce fut l’un de ces concerts mémorables qui marquent une vie de mélomane. Des frissons, on en a éprouvé au fil de ce premier programme des Berliner Philharmoniker en escale au Festival de Lucerne, celui-ci étant bâti sur deux œuvres majeures du répertoire: les Variations Enigma d’Elgar et la 4e Symphonie de Tchaïkovski. On y a entendu cette communion de virtuosité et de pensée musicale qui unit le chef Kirill Petrenko aux membres de son orchestre, partiellement renouvelés.