Faut-il que l’état de santé du roi Harald V de Norvège soit « extrêmement grave » pour que la famille royale suspende toutes ses activités officielles pour se rendre à l’hôpital où le monarque, âgé de 89 ans était soigné pour des complications liées à une maladie du sang et que les ministres et évêques annulent leurs déplacements prévus de longue date. 

Doyen des souverains en Europe, le roi Harald V souffrait d’une anémie hémolytique, maladie du sang qui se traduit par une destruction anormalement rapide des globules rouges. Depuis le 17 août, il était donc hospitalisé à l’Hôpital national d’Oslo où on lui administre à haute dose des antibiotiques pour traiter son infection bactérienne dans le sang. Tout le royaume retenait son souffle et attendait avec anxiété les bulletins de santé publiés par le palais royal. Le roi est mort ce vendredi 28 août 2026.

C’est son fils aîné, le prince héritier Haakon-Magnus, 53 ans, qui assure la régence. Ce jeudi, il s’était montré, timidement souriant au balcon du palais pour répondre à l’aubade de la garde royale mais le 25ème anniversaire de ses noces avec Mette-Marit est surtout marqué par des difficultés traversées par la famille royale : son épouse la princesse héritière Mette-Marit, éclaboussée par le scandale Epstein avec qui elle échangeait par mails, est en convalescence après une greffe pulmonaire ; le fils qu’elle a eu avant son mariage, Marius Borg Hoiby a été condamné en juin à quatre ans de prison ferme pour viols et violences conjugales, purgeant sa peine avec un bracelet électronique… 

Symbole d’unité nationale face aux tempêtes

Face à ces drames intimes qui ont ébranlé l’image de la monarchie, le roi Harald V restait populaire et faisait figure de symbole d’unité nationale. C’est aussi ce qui l’a incité à tenir sa promesse de ne pas abdiquer, pour tenir bon la barre du gouvernail. « Soit on est roi, soit on est mort » avait-il l’habitude de dire pour justifier son refus de quitter le trône, comme un fonctionnaire part à la retraite…

Il est vrai que le roi Harald V, véritable colosse d’1m88, était un marin qui savait naviguer par gros temps. Depuis qu’il a dix ans, Harald, maîtrisait les flots et connaît cette mer si vitale pour les Norvégiens. Passionné de yachting, il est porte-drapeau et participe aux JO de Tokyo en 1964, puis à ceux de Mexico en 1968 et Münich en 1972, multipliant les médailles et les coupes. Né le 21 février 1937, le roi Harald V règne sur la Norvège depuis 1991 après la mort de son père le roi Olav V. Il a la Scandinavie dans ses veines : fils d’Olav V et de la princesse Märtha de Suède, il est le petit-fils du roi Haakon VII, né prince Carl de Danemark, élu premier roi de Norvège depuis l’indépendance du pays en 1905.

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« Tout pour la Norvège » 

Très tôt, Harald sait faire preuve de caractère, même s’il est d’un tempérament pondéré. Sa famille anime la Résistance à l’ennemi nazi. Réfugié aux Etats-Unis avec ses deux sœurs, les princesses Ragnhild et Astrid, pendant la Seconde Guerre mondiale, Harald de Norvège retrouve sa patrie à la Libération. En 1968, après dix ans d’attente et de lutte acharnée avec son père, il épouse enfin la femme qu’il aime : Sonja Haraldsen qui lui donne deux enfants : la princesse Märtha Louise, en 1971, et le prince Haakon en 1973. Pour démocratique et simple, la monarchie norvégienne n’en est pas moins fastueuse dans les grandes occasions comme les mariages ou le couronnement : c’est dans la cathédrale Nidaros de Trondheim, berceau historique du pays, qu’il est consacré roi le 23 juin 1991. La reine Sonja, une femme versée dans les arts, a toujours maintenu des liens forts avec la France où elle avait été envoyée comme jeune fille au pair à Sorèze… pour lui faire oublier le beau Viking Harald qu’elle aimait en secret.

Devenu roi à 54 ans, Harald V a succédé à son père Olav V et à son grand-père Haakon VII avec la même devise : « Tout pour la Norvège. » Il tiendra parole. Homme sage et discret, profondément humaniste, très proche des gens, il partage les passions nationales pour le ski, la voile, la défense de l’environnement et la vie de famille. Il est aussi un militaire qui privilégie le devoir avant tout. Harald V est un homme de convictions, profondément attaché aux valeurs démocratiques de son royaume et fier de remettre chaque année à Oslo le Prix Nobel de la Paix. « Je continue à croire que la liberté est plus forte que la peur. Je continue à croire en une démocratie et une société norvégiennes ouvertes » a-t-il martelé alors que la société norvégienne a fait face au terrible massacre sur l’île d’Utøya perpétré par Anders Behring Breivik le 22 juillet 2011.

Éprouvé, Harald V de Norvège monte dans sa voiture après une visite à l'hôtel Sundvolden, samedi, où étaient rassemblés survivants et proches des victimes. Le 23 juillet 2011.

Éprouvé, Harald V de Norvège monte dans sa voiture après une visite à l’hôtel Sundvolden, samedi, où étaient rassemblés survivants et proches des victimes. Le 23 juillet 2011.

REIDAR/NTB SCANPIX/SIPA
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© REIDAR/NTB SCANPIX/SIPA

Ébranlé par le drame, le roi se précipite au chevet des victimes et des rescapés, écoute, montre son empathie et sa compassion. « Il a été présent, totalement » rapportent les médias. « J’ai toujours eu le sentiment que, en temps de crise, c’était pour cela que nous étions là, vraiment. Cela a été montré en 1940 » a-t-il alors confié au New York Times, rappelant par ses mots la conduite courageuse de ses prédécesseurs lors de l’invasion allemande. Marqué par l’intransigeance de son père à l’égard de son union avec une jeune fille non issue du Gotha européen, Sonja Haraldsen, le roi Harald V s’est toujours montré plus tolérant avec les choix de ses enfants, soutenant le prince héritier Haakon lorsqu’il décide d’épouser Mette-Marit Tjessen Hoiby déjà mère d’un petit Marius, et dont la presse souligne alors son passé trouble. Les noces sont célébrées le 25 août 2001 et de cette union naîtront une fille, Ingrid Alexandra, le 21 janvier 2004, seconde dans l’ordre de succession depuis la réforme de 1990 qui supprime la primogéniture masculine et un fils, Sverre Magnus, le 3 décembre 2005. Un modèle de famille recomposée à l’image de cette Norvège tolérante et ouverte que prône le roi.

« Personne n’échappe aux mauvaises choses de la vie. Chacun d’entre nous doit trouver le moyen de s’y tenir et d’essayer de s’en sortir… »

Le roi Harald V, très proche de sa fille la princesse Martha-Louise, qui a eu trois filles – Maud Angelica née en 2003, Leah Isadora en 2005 et Emma Tallulah en 2008 – avec l’écrivain Ari Behn, qui finira par se suicider quelques années après leur divorce, puis se remarie avec un chaman, Durek Verrett ; elle prète le flanc à des polémiques en parlant des anges, en défendant les médecines alternatives… ou en vendant son image ou son titre princier. 

Homme d’une grande simplicité, force de la nature dont la santé a pourtant été mise à mal ces dernières années, l’obligeant à s’aider de cannes anglaises pour marcher et ne pouvant rester debout trop longtemps, Harald V a toujours su affronter la réalité en face. Récemment encore, il déclarait : « Pour nous, la famille royale, cela a été une année où nous avons été vraiment mis à rude épreuve. Une année où nous sommes devenus encore plus conscients de ce qui compte dans cette vie. Au cœur de l’être humain se trouve le fait qu’aucun d’entre nous n’est épargné par la douleur et les difficultés. Certains sont plus durement touchés que d’autres. Mais malheureusement, personne n’échappe aux mauvaises choses de la vie. Chacun d’entre nous doit trouver le moyen de s’y tenir et d’essayer de s’en sortir… Nous avons besoin de tiroirs en nous pour trier les émotions et placer la responsabilité à sa place. Nous avons aussi besoin de tiroirs pour ce qui nous donne force, sens et joie. Peut-être avons-nous besoin d’une commode entière. Je ne suis pas psychologue. Mais voici ce que j’ai vécu : il est important de trouver des moyens de gérer ce qui est difficile afin de vivre le mieux possible avec nous-mêmes et les uns avec les autres ».

Pour surmonter ces épreuves, le roi a expliqué : « Aucun de nous ne peut y parvenir seul. Nous avons besoin les uns des autres. Nous avons besoin de motivation et d’aide pour avancer. Nous devons croire que cela ira mieux. Cela peut être un travail difficile. Mais c’est un travail vital. C’est même un travail de développement communautaire. Car tous ces individus qui traversent leurs épreuves sont les maillons de cette chaîne que nous formons ensemble. »