«Treize chiens de recherche, 47 drones de détection multifonctions, scanners lasers 3D, excavatrices, hélicoptères de type Mi-171, etc.» Alors que les secours affluent très difficilement vers le comté de Jilong – Gyirong en tibétain –, là où le plus grand nombre de victimes côté chinois est à craindre, les médias nationaux égrainent méthodiquement les moyens déployés. Il ne s’agit pas de meubler en attendant un prochain décompte macabre, mais de rappeler, derrière cette démonstration de capacité opérationnelle, l’importance stratégique que Pékin accorde à ces montagnes éloignées.
Dès les premières heures, le président et chef des armées Xi Jinping a ordonné le lancement des opérations de secours tout en dépêchant son premier ministre, Li Qiang, afin d’assurer la coordination sur le terrain. Que le numéro un du pays s’exprime aussi vite laissait entendre que le bilan humain allait être élevé, mais pas seulement. Il situe, là aussi, la priorité nationale pour le pouvoir chinois.
Un «enjeu de souveraineté nationale»
«Pour bien gouverner le pays, nous devons bien gouverner les frontières, et pour gouverner les frontières, nous devons d’abord assurer la stabilité au Tibet», avait déclaré Xi Jinping en 2014, peu après son arrivée au pouvoir. Cette doctrine s’est forgée après la crise de mars 2008. A quelques mois des Jeux olympiques de Pékin, des manifestations de moines parties de Lhassa s’étaient rapidement propagées à travers le plateau, jusqu’à être sévèrement réprimées par l’armée. Dans son livre blanc de 2025, le Conseil des affaires d’Etat a encore rappelé que garantir la stabilité de la région, à travers la lutte «contre les forces séparatistes», constituait un «enjeu de souveraineté nationale».
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Les tensions actuelles sont aux frontières, en particulier à celle entre le Tibet et l’Inde, où les deux armées se font régulièrement face. L’affrontement de la vallée de Galwan, au Ladakh, avait fait 20 morts côté indien et 4 officiellement côté chinois, les 15 et 16 juin 2020. En réponse, Pékin y construit rapidement des routes, des voies ferrées pour pouvoir acheminer rapidement des hommes et des blindés. Idem côté indien. Mais le dialogue n’est pas rompu. Le 26 août, les deux pays ont même réaffirmé «leur engagement à maintenir la paix et la tranquillité dans les zones frontalières» en multipliant les canaux de discussions.
Une région riche en métaux rares
Economiquement, Jilong pèse. Il n’est pas un village isolé tibétain comme les autres, mais l’un des principaux corridors entre le Népal et le Tibet: 30% du commerce total entre les deux pays y transite. C’est par là qu’afflue une part grandissante des voitures électriques chinoises pour le marché népalais: plus de 4000 l’an dernier, parvenant à destination après tout de même dix jours de périple. En raison de la catastrophe naturelle, le projet de liaison ferroviaire à travers l’Himalaya, entre Jilong et Katmandou, risque néanmoins d’être suspendu, selon le quotidien hongkongais South China Morning Post du 28 août.
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Comme une grande partie du plateau tibétain, le comté de Jilong se trouve par ailleurs dans une région riche en ressources minières. Il est «assis» sur des gisements de métaux rares nécessaires à l’industrie high-tech, comme le lithium, le béryllium, le niobium et le tantale. Autant de matières qui, à l’image des terres rares, offrent un levier puissant dans la guerre commerciale face aux Etats-Unis de Trump. La richesse du plateau tibétain ne se mesure pas que sous terre: il concentre des glaciers et des sources qui donnent naissance à de grands fleuves asiatiques. L’eau tibétaine abreuve le Népal, l’Inde, le Bhoutan, le Pakistan, la Birmanie et la Chine. Une rupture de glacier, une crue ou toute modification des cours d’eau au Tibet peut avoir des conséquences pour l’accès hydrique des pays voisins. Le chantier du barrage du Yarlung Tsangpo, en amont du Brahmapoutre, le plus grand barrage hydroélectrique au monde lorsqu’il sera achevé, nourrit ainsi de grandes inquiétudes côté indien. New Delhi craint que la Chine en contrôle le débit à sa guise et pénalise l’agriculture en aval.