A Zurich, la rénovation d’un immeuble ancien montre qu’il est possible de transformer un système de chauffage existant pour rafraîchir efficacement les locaux, tout en limitant la consommation d’énergie et le recours aux climatiseurs individuels.

Matthias Sulzer secoue la tête. Au-dessus de lui, en plein centre de Zurich, une fenêtre est entrouverte, laissant passer le tuyau d’un climatiseur mobile. « ‘C’est inefficace », juge l’expert en technique du bâtiment et responsable de département à l’institut de recherche Empa: « L’air chaud évacué à l’extérieur revient directement par la fenêtre. »

Beat Kegel (à gauche) et Matthias Sulzer (à droite) son experts en matière de chauffage et refroidissement des bâtiments. [SRF - Christian von Burg] Beat Kegel (à gauche) et Matthias Sulzer (à droite) sont experts en matière de chauffage et refroidissement des bâtiments. [SRF – Christian von Burg]

À ses côtés, Beat Kegel, spécialiste du froid et de la chaleur depuis plusieurs décennies, estime qu’il faudrait tout d’abord limiter l’entrée de chaleur: « Il serait déjà préférable de commencer par ombrager les fenêtres. » Il comprend toutefois le recours à ce type de solution d’urgence. « Dans mon ancien appartement à Zurich, la température n’est pas non plus descendue sous les 30 degrés pendant des semaines », explique-t-il.

Quand le chauffage sert aussi à rafraîchir

Dans les nouvelles constructions, des systèmes de refroidissement efficaces peuvent être intégrés dès la conception. Mais qu’en est-il des nombreux bâtiments anciens? Là aussi, des solutions existent, assurent les deux experts.

Dans un bâtiment du syndicat Unia, construit dans les années 1970, la chaleur était devenue difficilement supportable. Beat Kegel a donc repensé le système technique du bâtiment. A la place des anciens radiateurs, des coffrages en bois ont été installés.

Ils dissimulent des convecteurs, composés de fines lamelles en aluminium dans lesquelles circule de l’eau fraîche. Le système de chauffage existant a ainsi été transformé pour rafraîchir les locaux. Afin d’éviter la formation de condensation, qui pourrait endommager le bâtiment, l’eau circule à une température d’environ 20 degrés. De petits ventilateurs silencieux diffusent ensuite l’air frais dans les pièces.

Voici à quoi ressemble le système de refroidissement. [SRF – Christian von Burg]

Violetta Ruoss, qui travaille dans le bâtiment depuis de nombreuses années, constate une nette amélioration: « Le climat est beaucoup plus agréable maintenant. Des collègues d’autres sites viennent même travailler ici. »

Le système fonctionne également en hiver. L’eau circule alors à environ 26 degrés dans les convecteurs pour chauffer les locaux. Grâce à cette installation, les besoins en chauffage à distance ont diminué d’environ deux tiers. Le refroidissement représente, lui, quelque 2000 francs d’électricité par an, dont une partie est produite par les panneaux solaires installés sur la terrasse.

Matthias Sulzer, de l’Empa, salue cette rénovation: « C’est une très bonne solution sur le plan énergétique qui est aussi bien intégrée à l’architecture. Mais elle a évidemment un coût. » Un tel résultat n’aurait toutefois pas été possible sans une rénovation plus large du bâtiment, notamment de la façade et des fenêtres.

Une machine frigorifique sur le toit

Le froid est produit sur le toit du bâtiment. La machine frigorifique, conçue pour éviter les risques liés aux légionelles, est équipée de quatre grands ventilateurs qui rejettent dans l’air extérieur une chaleur pouvant approcher les 40 degrés. « Cette installation produit, elle aussi, de la chaleur supplémentaire, mais beaucoup moins que si chacun installait son propre climatiseur à la fenêtre », souligne Matthias Sulzer.

Électricité solaire pour le groupe frigorifique. [SRF – Christian von Burg]

Beat Kegel, plusieurs fois récompensé pour ses systèmes climatiques simples et efficaces, privilégie les solutions adaptées à chaque bâtiment. Il juge que les installations techniques conventionnelles et certains réseaux de chauffage à distance sont « souvent largement surdimensionnés ».

Matthias Sulzer insiste toutefois sur le fait qu’il n’existe pas de solution unique pour chauffer et rafraîchir les bâtiments. « Là où il n’y a pas suffisamment de place sur le toit ou pour installer une sonde géothermique, il faut réfléchir à l’échelle du quartier ou de la ville. »

Pour éviter la multiplication de climatiseurs individuels peu efficaces aux fenêtres, les communes doivent selon lui anticiper et développer, parallèlement au chauffage à distance, des réseaux de froid. « Le refroidissement est le nouveau chauffage », résume l’ingénieur. A Zurich, dans le bâtiment d’Unia, les besoins annuels de refroidissement dépassent déjà ceux du chauffage.

Christian von Burg (SRF) / ain