Il y eut Anne Sinclair en 1997, Béatrice Schönberg en 2006, Marie Drucker en 2007, Audrey Pulvar et Valérie Trierweiler en 2012. Des journalistes, brillantes et respectées, soudainement mises de côté pour ne pas gêner la carrière politique de leur compagnon. À chaque fois, c’est la femme dans le couple qui prit sur elle de sortir de scène, quand Dominique Strauss-Kahn, Jean-Louis Borloo, François Baroin, Arnaud Montebourg et François Hollande poursuivaient leur route en pleine lumière.
En 2026, Léa Salamé fait de même alors que Raphaël Glucksmann vient d’annoncer sa candidature à l’élection suprême. Comme ses aînées avant elle, la présentatrice du 20 Heures de France 2 explique renoncer momentanément à son job par choix, comme elle l’avait déjà décidé en 2019 et partiellement en 2024, au moment des élections européennes lors desquelles Place publique, le parti de Glucksmann, présentait une liste.
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« J’en avais pris l’engagement dès le premier jour et je m’y tiens », a-t-elle écrit sur Instagram lundi. « Partout où se tiendra la campagne, je m’efface. […] Cette décision, prise en accord avec ma direction, est évidente et difficile. » Évidente ? Parce qu’elle est la compagne d’un prétendant à la présidentielle, une journaliste, dont le professionnalisme est reconnu et l’intégrité intacte, ne serait pas en mesure d’exercer son métier correctement ?
Parce qu’elle partage la vie d’un homme politique, une femme embrasserait forcément ses opinions et défendrait obligatoirement ses idées ? Quatre-vingts ans après que les femmes ont obtenu le droit de vote, pense-t-on toujours qu’une épouse glisse dans l’urne le même bulletin que son mari ? Il faut croire que oui.
Raphaël Glucksmann « comprend »
Léa Salamé et Raphaël Glucksmann forment un couple depuis une décennie et jamais celle qui fut onze ans à la tête de la première matinale radio du pays n’a dérogé aux règles éthiques essentielles lorsque élus et ministres sont venus à son micro. Croire que ce ne serait plus le cas d’ici au scrutin d’avril 2027 semble absurde. De sa décision, Léa Salamé dit : « Elle protège d’abord la rédaction de France Télévisions, ce qui compte plus que tout à mes yeux. »
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Je sais qu’elle aurait été parfaitement objective.
Raphaël Glucksmann, compagnon de Léa Salamé et candidat a l’élection présidentielle
S’il est manifeste que la présentatrice aurait dû laisser la place à son joker Jean-Baptiste Marteau les soirs où son compagnon aurait été l’invité du JT, il est désolant qu’elle soit soupçonnée de mettre en danger sa déontologie ainsi que celle des journalistes de France 2 les autres soirs.
Raphaël Glucksmann lui-même, en 2019, quand Léa Salamé se retirait de France Inter, déclarait à la télévision : « Par féminisme ça me pose un problème, mais je comprends sa décision. […] Ce qui est certain, c’est que je sais qu’elle aurait été parfaitement objective. » Il parle alors d’« un acte d’amour incroyable ». Touchant, et pourtant navrant qu’une professionnelle aguerrie soit ramenée au dévouement dont elle fait preuve à l’égard de son concubin.
Deux poids, deux mesures
Un journaliste homme ferait-il de même si sa compagne occupait des responsabilités politiques ? C’est arrivé deux fois. En 2018, quand Roxana Maracineau est nommée ministre des Sports, son mari, Franck Ballanger, éminent journaliste sportif à Radio France, est écarté des commentaires de matchs.
On peine pourtant à voir où aurait été le conflit d’intérêts… Trois ans plus tard, Cédric Beaudou, spécialiste du rugby à France Télévisions et époux de la ministre des Sports Marie Barsacq, est, lui, resté à l’antenne.
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Lors de la précédente campagne présidentielle, en 2021, quand est révélé que Thomas Sotto entretient une relation avec une conseillère en communication du Premier ministre Jean Castex, le concerné abandonne, à regret, la présentation d’émissions politiques du service public. Il explique : « Je me dois de tenir compte de notre époque, devenue très violente et qui a tendance à tout hystériser. La suspicion est généralisée. Beaucoup de gens s’érigent en procureurs. » Une nouvelle fois, le renoncement de Léa Salamé ne fait que donner des gages à ceux-là.