Les outils numériques sont de plus en plus utilisés dans les violences domestiques. Un chauffage à distance ou la caméra d’un distributeur de croquettes connecté peuvent devenir des instruments de violence et de contrôle. Plusieurs ressources existent pour y faire face.
Une étude australienne estime que 99,9% des victimes de violences domestiques sont également victimes de violences numériques, appelées ‘tech abuse’. En Suisse, il n’existe pas encore d’études spécifiques dédiées aux outils numériques, car le sujet commence seulement à être thématisé. Ces violences sont toutefois bel et bien effectives.
Morgane Bonvallat, coordinatrice Suisse romande de Tech Against Violence, explique dans l’émission On en parle que ces violences sont rendues possibles par des moyens numériques toujours plus puissants, plus nombreux et toujours plus faciles d’utilisation.
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« Dans les faits, ça se traduit par du contrôle et de la surveillance à travers le contrôle de comptes de réseaux sociaux ou de mail parce qu’on partage son mot de passe. L’utilisation de la géolocalisation permet également de savoir où est la personne. Ça peut aussi être le harcèlement par les différentes plateformes qui sont à disposition. Il peut par ailleurs y avoir des violences économiques, puisque les applications de banques permettent de faciliter le contrôle sur les transactions », liste Morgane Bonvallat.
>> Ecouter l’interview de Morgane Bonvallat dans On en parle : Tech Against Violence: comment lutter contre les violences numériques? / On en parle / 10 min. / mardi à 08:36 Un contrôle constant
La généralisation de la domotique accroît les possibilités de violences. « Les nouveaux aspirateurs, par exemple, peuvent être enclenchés à distance, comme la vidéo ou le contrôle vocal. Vous pouvez parler à travers l’aspirateur, le lancer au milieu de la nuit », observe Morgane Bonvallat.
De la même manière qu’on ferme la porte de chez soi à clé, on ferme aussi la porte des accès à ses comptes
Morgane Bonvallat, coordinatrice Suisse romande de Tech Against Violence
Elle cite des situations où des personnes ont toujours accès au contrôle du chauffage de leur ex-partenaire. « On peut changer à tout moment la température de la maison, passer du très froid au très chaud. Ça peut paraître anodin, mais en fait, psychologiquement, ça fait subir comme un contrôle constant sur l’intimité de la personne, sur le lieu qui est censé être sécurisé. »
La notion d’intimité
Plusieurs possibilités existent pour se protéger contre ces abus. « Ce n’est jamais la faute de la personne qui subit ces violences », tient à rappeler Morgane Bonvallat. Elle propose de réinterroger la notion d’intimité.
Est-ce qu’on a besoin d’autant d’appareils connectés à la maison?
Morgane Bonvallat, coordinatrice Suisse romande de Tech Against Violence
« Les mots de passe donnent accès à des aspects gigantesques de soi, que ce soit au travail ou dans la vie privée. On ne les donne donc pas. De la même manière qu’on ferme la porte de chez soi à clé, on ferme aussi la porte des accès à ses comptes. Dans la même idée, pourquoi partager sa localisation avec son ou sa partenaire? Quel est le but? Il faut se poser ces questions. »
Un robot aspirateur. [Pixabay – DR]
En ce qui concerne la prise de contrôle des objets connectés, comme les aspirateurs ou le chauffage à distance, Morgane Bonvallat préconise d’éteindre et de débrancher les appareils. « Ensuite, lorsque vous les réutilisez, il faut changer le compte. Il faut également changer le mot de passe du wifi, ça permet vraiment de sécuriser ses appareils. Et puis se poser la question: est-ce qu’on a besoin d’autant d’appareils connectés à la maison? », conclut-elle.
>> Revoir le reportage de Temps Présent sur les violence domestiques :
Violences domestiques, l’urgence de fuir / Temps présent / 48 min. / le 4 juin 2026
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Propos recueillis par Muriel Mérat
Article web Antoine Schaub