La viande vendue en Suisse peut provenir d’animaux traités aux hormones ou aux antibiotiques. La Suisse autorise en effet son importation. Le problème? Son indication pourtant obligatoire est souvent peu visible, voire absente. On en parle a mené l’enquête avec le magazine Bon à Savoir.
En Suisse et en Europe, il est strictement interdit de donner des hormones ou des antibiotiques comme stimulateurs de croissance aux animaux. Or, contrairement aux pays de l’Union européenne, la Suisse autorise l’importation de viande d’animaux pouvant être stimulés avec ces substances. Cette viande se trouve dans les rayons des grandes surfaces, dans les restaurants et les EMS notamment.
En 2023, près de 730 tonnes de viande de bœuf ont été importées en Suisse, principalement depuis les Etats-Unis et l’Australie, des pays qui autorisent l’utilisation de ces substances. D’autres viandes sont concernées, comme l’agneau et le bœuf.
Si la viande peut avoir été produite avec des stimulateurs de performances hormonaux, il est obligatoire de le préciser sur les étiquettes ou les cartes des restaurants. Or, cette information est souvent peu visible, voire manquante.
La loi n’est pas toujours respectée
Contactés, les différents services de contrôle de sécurité alimentaire en Suisse romande ont tous affirmé, sans exception, que la loi n’est pas toujours respectée. Par exemple, dans le canton de Vaud, 286 non-conformités ont été constatées en 2025.
Sur le site de la Coop, si l’on souhaite savoir si le rack d’agneau de Nouvelle-Zélande contient des hormones, il faut se rendre dans le chapitre « informations sur le produit », puis cliquer sur « plus de détails » et chercher la ligne « divers » pour constater qu’il peut effectivement avoir été produit avec des améliorateurs de performance non hormonaux tels que les antibiotiques. L’information est donc difficile à trouver.
Coop et Migros s’expliquent
Interrogée par On en parle, Coop en « prend bonne note ». Quant au fait d’importer de la viande possiblement dopée, le grand distributeur dit la déclarer conformément à la loi. Pourtant, en consultant les directives du distributeur sur le développement durable, il est clairement indiqué que »l’utilisation d’hormones ou de stimulateurs de performance interdits en Suisse est également proscrite pour les produits importés. »
Interrogée aussi sur ce point, Coop explique avoir conclu une sorte de contrat de confiance avec les producteurs de l’étranger, qui lui assurent ne pas utiliser d’hormones de croissance. Un contrat qui n’est pas reconnu ici en Suisse, ce qui l’oblige à mettre cette information sur ses produits. Cela étant dit, Coop affirme qu’elle va vérifier ses chaînes d’approvisionnement et changer sa directive en fonction des résultats.
De son côté, Migros affirme respecter les prescriptions légales et garantit que les produits importés répondent aux standards, notamment en termes de sécurité alimentaire et de bien-être animal.
Des risques pour la santé
Est-ce que manger ce type de viande peut poser un problème pour notre santé? « Si vous demandez aux Américains ou aux Australiens, ils vous répondront que non, car ces produits ont été autorisés par leurs organismes de santé alimentaire », répond Isabelle Gangnat, enseignante et chercheuse en production et qualité de la viande à la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires de Zollikofen, dans l’émission On en parle mercredi.
« Le problème est que la dose maximale considérée comme acceptable est difficile à fixer. Nous choisissons d’appliquer le principe de précaution. Les pays qui utilisent ces substances disent que la dose résiduelle d’hormones dans la viande est minimale par rapport aux doses qui circulent dans notre corps. En revanche, les antibiotiques créent des résistances et sont beaucoup plus problématiques. »
Sujet radio: Bastien von Wyss et Marie Tschumi, en collaboration avec le magazine Bon à Savoir
Adaptation web: Myriam Semaani