Samedi soir, l’ultime soirée du festival rock Nox Orae à La Tour-de-Peilz (VD) a accueilli quatre groupes, dont les Américains de Wilco en tête d’affiche. La formation née à Chicago en 1994 et emmenée par le chanteur Jeff Tweedy a ébloui par sa science country-folk-rock tout en finesse mélodique et fureur dissonante.
Après les Babyshambles de Pete Doherty jeudi, Mogwai vendredi, c’était au tout de Wilco de se produire en tête d’affiche samedi soir dans les Jardins de Roussy à La Tour de Peilz. Passé du mastodonte Rock en Seine parisien à l’intimiste Nox Orae en 24 heures, les Américains emmenés par le chanteur et guitariste Jeff Tweedy n’en ont pas moins bradé leur savoir-faire country-folk-rock.
Phare de la scène indépendante depuis un peu plus de trente ans et riche de treize albums studio, le sextet natif de Chicago a délivré en près de deux heures une prestation majuscule en revisitant son répertoire où les douceurs mélodiques jouxtent les excentricités électriques, où une forme de mélancolie nostalgique cohabite avec une vitalité toute contemporaine quand bien même les influences datent des Beatles, de Brian Wilson, Television ou Neil Young.
En une vingtaine de titres, des plages instrumentales jalonnant ‘Art of Almost’ au plus percutant ‘Outtasite (Outta Mind)’ en épilogue via ‘I Got You (At the End of the Century)’ avec les choeurs et les mains fervents du public, Wilco affiche en scène une fluidité instrumentale rare.
Le chanteur et guitariste Jeff Tweedy du groupe américain Wilco sur la scène du festival Nox Orae à La Tour-de-Peilz, le 29 août 2026. [Nox Orae 2026 – Gabriel Monnet] Maîtrise tout en décontraction
Une maîtrise tout en décontraction qui culmine sur certains morceaux comme le plus country-pop ‘Via Chicago’ virant à trois reprises en déluge bruitiste ou ‘I Am Trying to Break Your Heart’ qui reprend cette trame dissonante finale. Ce titre, extrait de la perle discographique ‘Yankee Hotel Foxtrot’ produite par Jim O’Rourke (2002), se voit accompagné samedi soir par deux autres chansons issues de cet album culte: ‘Jesus, Etc.’ et ‘I’m the Man Who Loves You’ juste avant les trois rappels.
Tout au long du concert, le contraste reste aussi saisissant entre la délicatesse cristaline de la voix de Jeff Tweedy, sa bonhomie communicative, des histoires d’amour contrariées et les déflagrations électriques soudaines des guitares au sein de ce répertoire qui sait alterner simplicité et sophistication avec élégance. Chez Wilco, même les longues digressions instrumentales qu’on reprocherait à n’importe quelle autre formation n’apparaissent jamais démonstratives. Un talentueux tour de force.
Olivier Horner