Vendredi soir, le ciel de Gstaad avait la couleur d’un poème de Rainer Maria Rilke. «L’été fut si grand» qu’aux abords de la tente du Menuhin Festival, dans ce crépuscule suspendu lavé par une pluie pareille à la solitude, la nature offrait un écrin presque prophétique au programme de la soirée dédié aux vertiges mahlériens: La Cinquième Symphonie, les Rückert-Lieder et trois lieder d’Alma Mahler.
«La tradition, c’est la transmission du feu, pas l’adoration des cendres.» Par cette formule, Gustav Mahler (1860-1911) résumait lui-même l’ambition d’une vie, et l’ampleur de la rupture qu’il a imposée à son art. Subvertir la forme sonate, l’étirer pour faire de la symphonie un monde aux architectures complexes, habité par la réminiscence des danses folkloriques, des mélodies de tavernes et des marches funèbres.