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La photographe et plasticienne Shirana Shahbazi – Prix Meret Oppenheim en 2019, la plus haute distinction d’art suisse et prix de la Société des Arts de Genève en 2025 –, lance une invitation à venir au Kunstmuseum de Lucerne. Elle nous propose, avec la complicité de l’artiste Li Tavor, qui a suspendu dans les salles du musée de grandes toiles ondulantes de latex teinté, de venir prendre un bain de couleurs. Elle nous invite à vivre une régénération par les images; à des retrouvailles avec la diversité des lieux et des corps; à voyager dans le temps et l’espace. Elle nous convie dans un palais des glaces aux milles reflets changeants, dans un train peuplé de beaux fantômes. Et tout cela All at Once, «tout en même temps» ou «tout d’un coup», comme le dit le titre anglais de cette exposition chatoyante.

Au cœur du dispositif, une installation vidéo que Shirana Shahbazi, née à Téhéran en 1974, qui vit et travaille à Zurich, a créé spécialement pour l’exposition et le musée, dessiné par Jean Nouvel. L’installation n’a pas de titre. Elle met en scène des flux qui semblent aussi cosmiques que terrestres. De l’eau – ou peut-être le lait d’une voie d’étoiles – s’écoule en continu sur les murs. Il nous semble être à la fois en plein ciel, au-delà de l’atmosphère peut-être, au bord d’un fleuve ou au pied d’un glacier. Pour souligner ce mouvement apparemment perpétuel, de la musique; pour le décomposer, des toiles suspendues par Li Tavor, mais aussi des miroirs, des vitres de plexiglas, des filtres colorés disposés par Shirana Shahbazi. Ces dispositifs happent nos silhouettes et nous inscrivent à notre tour dans l’œuvre. L’invitation ici est à la contemplation. Certains visiteurs ou visiteuses n’hésitent pas, paraît-il, à se coucher par terre pour mieux regarder, écouter, éprouver, de l’intérieur.