Le détroit d’Ormuz est resté majoritairement fermé ces six derniers mois et quelque 6000 marins sont toujours bloqués dans le Golfe, où ils survivent dans des conditions critiques dans l’indifférence quasi-générale.

Pendant une brève accalmie entre l’Iran et les Etats-Unis en juin, environ 5000 personnes ont pu être évacuées du piège du détroit d’Ormuz. Mais des milliers d’autres restent coincées depuis des mois sur environ 400 navires, ne pouvant faire demi-tour ni avancer en raison des mines, des missiles et des bateaux militaires.

Ce chiffre de 6000 est même sous-estimé: certains marins sont en effet portés disparus à bord de diverses embarcations de petite taille. D’autres n’ont même pas pu être localisés.

Le commerce, une arme dans les conflits

Et alors que le transport maritime est de plus en plus utilisé comme levier de rapport de force dans les conflits, ces situations se multiplient. « On parle du détroit d’Ormuz, mais en 2026, plus de 30 marins sont morts dans la mer Noire et la mer d’Azov », regrette la secrétaire générale de la Fédération européenne des travailleurs des transports Livia Spera.

« Le problème est global, il n’est pas uniquement lié au détroit d’Ormuz: des marins, qui sont des civils, sont pris en otage par les conflits », déplore-t-elle.

Ces marins vivent des situations différentes en fonction de la zone où ils se trouvent et de l’entreprise pour qui ils et elles travaillent: alors que certains armateurs s’assurent que leurs travailleurs et travailleuses disposent de suffisamment de nourriture, d’eau et de médicaments, d’autres sont en revanche complètement laissés à eux-mêmes.

Un secteur qui prospère caché

Et si leur sort n’émeut pas grand monde, observe Livia Spera, c’est parce que « la majorité des marins dans le secteur du shopping vient des Philippines ou d’Inde et d’autres pays du Sud global », déplore-t-elle.

« C’est un secteur qui a toujours eu des bénéfices en étant caché: il opère en haute mer et n’est donc pas très visible. On ne sait pas tout ce qu’il y a derrière les biens qu’on consomme. »

Cléa Favre/jop