L’intelligence artificielle fait désormais partie du quotidien à l’école. Selon une étude, dès le secondaire I, la quasi-totalité des élèves utilisent l’IA pour réaliser leurs tâches, souvent sans aucune supervision de la part du corps enseignant. Dépassée, l’institution scolaire peine à suivre le rythme.

Que ce soit pour les devoirs, les travaux de groupe ou les présentations, l’Intelligence artificielle est devenue un outil incontournable pour de nombreux écoliers et écolières. Au niveau du secondaire I et du secondaire II, neuf jeunes sur dix déclarent utiliser régulièrement l’IA pour leurs tâches scolaires, montre le dernier monitorage réalisé par le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE), publié mardi.

Pour Stefan Wolter, auteur de l’étude et directeur du CSRE, cela n’a rien de vraiment surprenant. « C’est évidemment une tentation énorme pour les élèves de réaliser rapidement, grâce à l’IA, des tâches qui demanderaient beaucoup d’efforts, afin de libérer du temps libre, plutôt que de s’engager dans un processus d’apprentissage exigeant », explique-t-il.

Un usage non encadré par les écoles

Le problème, selon lui, réside dans le fait que les écoles ne dictent pas le cadre d’utilisation de l’IA. La plupart du temps, les élèves se tournent spontanément vers des outils comme ChatGPT, Claude ou Gemini. Moins d’un cinquième des élèves interrogés affirment utiliser l’IA à la demande ou sous la supervision d’un enseignant.

Cette situation inquiète Stefan Wolter. « Un usage productif de l’IA suppose que les enseignants montrent aux élèves comment l’utiliser sans pour autant perdre leur capacité à réfléchir par eux-mêmes », relève-t-il.

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Une institution qui peine à suivre le rythme

Beat Schwendimann, responsable du secteur Pédagogie de l’Association faîtière des enseignantes et enseignants de Suisse (LCH), partage cette analyse. Selon lui, les écoles ont bien identifié le problème, mais face à une technologie qui évolue aussi rapidement que l’IA, elles peinent à suivre le rythme.

L’IA peut jouer le rôle de partenaire d’entraînement, par exemple en posant des questions critiques ou en identifiant ce que l’élève ne sait pas encore

Beat Schwendimann, Association faîtière des enseignantes et enseignants de Suisse (LCH)

« Dans ce domaine, tout évolue très vite. L’intelligence artificielle s’immisce dans tous les aspects de la vie, ce qui rend difficile pour les écoles de rester constamment à jour, de s’approprier les dernières avancées et de trouver le temps nécessaire pour les traiter en profondeur. »

L’IA comme partenaire d’apprentissage

À cela s’ajoute une autre difficulté: les enseignantes et enseignants sont déjà fortement sollicités, avec des responsabilités qui ne cessent de croître. Beat Schwendimann souligne donc l’importance de former les enseignants, tant dans leur formation initiale que continue, à intégrer l’IA de manière pertinente dans leurs cours. Car cette technologie peut être un outil précieux, à condition qu’elle ne remplace pas la réflexion des élèves.

« L’objectif n’est pas de déléguer l’apprentissage à l’IA, mais de l’utiliser pour soutenir les processus d’apprentissage », précise Beat Schwendimann. « L’IA peut jouer le rôle de partenaire d’entraînement, par exemple en posant des questions critiques, en identifiant ce que l’élève ne sait pas encore, en le mettant au défi, mais sans lui fournir directement les réponses. »

>> Ecouter les pistes évoquées par Beat Schwendimann : SRF, Echo der Zeit, 25.08.2026, 18h00 Une IA suisse souhaitée

La question de la protection des données reste également en suspens. L’utilisation de chatbots peut poser problème, notamment en raison du transfert potentiel de données vers des pays comme les États-Unis ou la Chine. Une enquête récente menée par l’Association faîtière des enseignantes et enseignants alémaniques a révélé que de nombreuses écoles manquent de directives claires à ce sujet.

« Il est donc essentiel de définir quels outils les écoles peuvent utiliser et dans quelles conditions. Du point de vue du LCH, il serait souhaitable, à moyen ou long terme, de développer une IA suisse qui respecte les normes de protection des données en vigueur dans notre pays », affirme Beat Schwendimann.

Quid de la Suisse romande?

Par rapport à la Suisse alémanique, les cantons latins semblent avoir une légère avance en matière de gestion de l’IA à l’école. En décembre dernier, la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin ont décidé de se coordonner afin d’accompagner au mieux les évolutions technologiques. Cette approche concertée s’articule autour de trois priorités: former le corps enseignant, encadrer les usages et développer l’esprit critique.

Pour ce qui est de l’utilisation en classe, certains cantons romands comme Fribourg ont misé sur Copilot de Microsoft. Le canton de Vaud, quant à lui, a lancé « IA in the box », une plateforme sécurisée et hors ligne, accessible uniquement en classe, à destination des élèves de 9e à 11e année. Objectif: enseigner les bonnes pratiques et sensibiliser les écoliers et écolières à l’utilisation responsable et pertinente de l’IA.

>> Ecouter l’interview de David Rey, président du Syndicat des enseignantes et enseignants de Suisse romande : Vaud et Fribourg introduisent des outils d’intelligence artificielle à l’école: interview de David Rey / La Matinale / 6 min. / le 17 août 2026

Face au boom de l’intelligence artificielle et à la rapidité de son évolution, les institutions scolaires de Suisse alémanique comme de Suisse romande en sont encore à l’heure de l’expérimentation. Une chose est sûre: la gestion de l’IA continuera de poser des défis aux écoles pendant longtemps.

Michèle Scherrer, SRF

Adaptation pour RTSinfo: Didier Kottelat