Les outils d’IA seraient désormais capables de réaliser de manière crédible la plupart des travaux universitaires de premier cycle, selon un récent rapport du Massachusetts Institute of Technology (MIT). La technologie pourrait, à son niveau actuel, rédiger des dissertations construites, résoudre des problèmes mathématiques avec des démonstrations élaborées et effectuer la plupart des exercices de programmation. En réponse, l’institut envisage une révision importante de son approche de l’enseignement et de l’évaluation des étudiants.
La dépendance croissante aux technologies et les avancées qui en découlent ont contribué à remettre en question les modèles éducatifs traditionnels. Cette dépendance est devenue encore plus évidente avec l’arrivée des outils d’IA dans le domaine de l’éducation.
Selon Global Market Insights, le marché de l’IA dans l’éducation était estimé à 4 milliards de dollars en 2022 (la même année où ChatGPT a été lancé) et devrait enregistrer une croissance annuelle composée d’environ 10 % entre 2023 et 2032.
Dans l’enseignement supérieur et universitaire, les outils d’IA intègrent de nombreux aspects tels que l’évaluation, la prédiction, l’assistance, le tutorat intelligent, etc. Cependant, s’ils ont initialement été développés dans le but de stimuler le secteur en aidant les étudiants à mieux exploiter leurs capacités, leur utilisation fréquente suscite des sentiments très mitigés.
Le récent rapport du MIT indique que si au début, ces outils faisaient l’objet d’une phase d’expérimentation enthousiaste, une dépendance croissante est observée actuellement, soulevant la question d’une refonte complète de l’approche éducative et de l’expérience universitaire.
« Si l’IA permet aux enseignants de concevoir de nouvelles expériences d’apprentissage passionnantes et aux étudiants d’apprendre et d’expérimenter de manière novatrice, elle a également engendré un certain nombre d’effets préoccupants sur la vie du campus », indique le rapport.
Quand l’IA s’installe au cœur de l’expérience universitaire
Le MIT indique que l’utilisation croissante de l’IA par les étudiants, en particulier ceux de premier cycle, a transformé l’expérience éducative au sein de l’institut, notamment en ce qui concerne les devoirs et les projets de recherche, mais aussi les heures de permanence des enseignants et les groupes d’étude.
« Parce que de nombreux étudiants choisissent ou subissent des pressions pour passer à l’apprentissage et à la résolution de problèmes avec l’IA, ces technologies ont entraîné en moins de trois ans des changements majeurs dans la culture des campus, notamment une baisse de la fréquentation des permanences des professeurs », écrit l’équipe du rapport.
En effet, les étudiants ont tellement tendance à faire faire leurs tâches à l’IA que l’institut enregistre une baisse notable de la fréquentation des permanences des professeurs, une réduction de la participation aux discussions en ligne et une diminution des groupes d’étude en présentiel dans les résidences universitaires, les bibliothèques et autres espaces d’étude.
L’une des principales conclusions du rapport indique notamment que l’IA est désormais capable de réaliser de manière crédible la plupart des travaux de premier cycle et que les réponses produites par l’IA peuvent être suffisamment crédibles pour réussir de nombreux travaux universitaires.
Cette tendance a conduit à un isolement croissant, une complication de l’évaluation des progrès des étudiants, ainsi que de nouvelles interrogations sur les modalités d’évaluation et les normes académiques de l’institut.
« Chaque matière enseignée au MIT devra probablement être réexaminée et potentiellement remaniée afin de garantir que la manière dont les étudiants sont formés, ce qu’ils apprennent et la manière dont ils sont évalués soient « sensibles à l’IA » », estiment les chercheurs.
Ces constats reflètent l’inquiétude croissante de nombreux professeurs, qui craignent que la dépendance à l’IA n’affaiblisse certaines compétences cognitives, comme l’esprit critique. En réponse, certains enseignants ont commencé à privilégier les examens oraux et les travaux réalisés en présentiel. De grandes institutions comme l’université de Princeton ont même réadapté réadapté leur code de l’honneur centenaire pour ne plus faire passer les examens sans surveillance..
Les chercheurs du MIT estiment qu’à l’ère de l’IA, le paradigme de l’enseignement devrait faire l’objet d’une refonte complète. « Au-delà de ses implications pour des matières et des disciplines spécifiques, l’essor de l’IA appelle une réévaluation plus large de la nature, de la portée et de la finalité de l’enseignement supérieur aujourd’hui », concluent-ils.