L’audition du chargé de sécurité de la commune de Chermignon confirme qu’il n’y a pas eu d’inspection poussée du bar Le Constellation à Crans-Montana avant son inauguration en 2015. La RTS dévoile le contenu de son audition devant les procureures.

Le bar Le Constellation n’a fait l’objet d’aucun contrôle poussé avant son inauguration de décembre 2015. L’ancien chargé de sécurité de la commune de Chermignon, un personnage-clé dans ce dossier, l’a reconnu devant les procureures enquêtant sur l’incendie du 1er janvier.

Convoqué une première fois le 8 avril, il avait alors refusé de répondre aux questions des magistrates avant d’avoir eu accès au dossier pénal.

Il a pu le consulter après un bras de fer avec le Ministère public et il a donc accepté de répondre aux questions lors de son interrogatoire du 28 juillet dont le Pôle enquête de la RTS a pris connaissance.

Son audition est peut-être l’une des plus intéressantes depuis le début de l’instruction pénale. Elle confirme les lacunes dans les contrôles de sécurité au Constellation, des manquements mis en lumière par une enquête de la RTS publiée trois semaines après le drame.

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Décision controversée

Son audition a porté sur des faits survenus il y a plus de dix ans. En 2015, les époux Moretti reprennent la gérance du Constellation, un établissement qui appartient à Julien Beytrison et qui est alors situé sur le territoire de la commune de Chermignon. Les Français font des travaux d’envergure à l’intérieur du bar en utilisant notamment une pelleteuse.

Julien Beytrison transmet deux photos des travaux aux autorités communales qui sont donc au courant de la remise à neuf de l’établissement. Aux yeux des élus, une mise à l’enquête publique n’est pas nécessaire pour autant. On le voit dans le dossier pénal, cette décision fait l’objet de nombreuses questions posées par les procureures aux différents prévenus.

J’ai également été nommé chargé de sécurité en même temps que commandant du feu, car mon prédécesseur avait déjà ces deux mêmes fonctions

Chargé de sécurité de Chermignon

Il y a malgré tout une mise à l’enquête publique en septembre 2015, mais seulement pour la construction d’une véranda au Constellation.

C’est là où le chargé de sécurité de Chermignon entre en scène. Employé à 100% d’une entreprise notamment active dans le sanitaire, il est alors aussi commandant des pompiers des villages de Chermignon. « J’ai également été nommé chargé de sécurité en même temps que commandant du feu, car mon prédécesseur avait déjà ces deux mêmes fonctions », explique-t-il devant les procureures.

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Aucun cahier des charges

Il est donc chargé de sécurité à côté de son travail. Il n’a pas de cahier des charges et ce travail lui rapport environ 5000 francs par an.

Deux semaines après la mise à l’enquête publique de la véranda, le chargé de sécurité doit remplir un document intitulé « Mesures de sécurité et de défense incendie pour autorisation de construire », deux pages notamment destinées au propriétaire du bar Julien Beytrison.

Le procès-verbal de son audition révèle que contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le chargé de sécurité ne s’est pas rendu au Constellation pour remplir ce document. Il s’est basé sur les plans remis lors de la mise à l’enquête, notamment « les plans de la terrasse (…) et des photos-montage ».

Dans ce document, le chargé de sécurité écrit noir sur blanc que « la porte existante ouest sera considérée comme sortie de secours et voie d’évacuation ». Il fait référence à la porte latérale située au rez-de-chaussée du Constellation.

Porte non conforme

En février 2016, deux mois après l’inauguration du Constellation, il se rend sur place pour effectuer le contrôle final lié à la construction d’une véranda et s’assurer que sa consigne a été respectée.

Devant les procureures, il affirme avoir « certainement vérifié » que la porte latérale du rez-de-chaussée était bel et bien une issue de secours. Mais il ajoute qu’il n’en a pas « la certitude absolue », la visite remontant à il y a plus de dix ans.

Sur question d’un avocat, il répond qu’il ne se souvient pas « si cette porte était conforme ou non ». Il ajoute qu’en cas de non-conformité, cela est protocolé lors de la visite et vérifié lors d’un contrôle ultérieur.

Dans les faits, cette porte n’était pas conforme, mais cela n’a pourtant pas été indiqué sur la fiche de contrôle. Elle n’a donc jamais fait office de porte de secours. Pire, elle était verrouillée la nuit du drame et plusieurs personnes ont perdu la vie près d’elle en voulant échapper aux flammes.

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« Comment avez-vous pu laisser passer cela »

D’autres éléments questionnent le sérieux du contrôle opéré en février 2016. Ainsi, dans ses consignes de 2015, le chargé de sécurité mentionne que l’ouverture des portes doit se faire « dans le sens de fuite ».

Lors de son audition, un avocat s’étonne alors qu’une porte située entre le bâtiment du Constellation et la terrasse s’ouvre dans le sens inverse du sens de fuite.

« Comment avez-vous pu laisser passer cela? » demande l’avocat. Réponse du prévenu: « Je n’ai pas souvenir d’avoir vu cette porte lors de la visite pour la véranda. Peut-être que cette porte ou double-porte n’était pas là ou entièrement ouverte. On avait peut-être eu l’information que si l’établissement était ouvert, la porte restait entièrement ouverte ».

Là encore, le chargé de sécurité a donné une consigne très claire, elle n’a pas été respectée, mais cela n’a jamais été indiqué sur la fiche de contrôle.

Contrôle du rez-de-chaussée…

Une troisième consigne très claire figure dans le document « Mesures de sécurité et de défense incendie pour autorisation de construire ». Ajoutée par l’Office cantonal du feu, elle mentionne qu’il doit y avoir au maximum 35 mètres entre l’endroit le plus éloigné des voies d’évacuation et les voies d’évacuation.

Lors de l’audition du chargé de sécurité, un avocat lui demande comment il a pu s’en assurer sans descendre au sous-sol de l’établissement. Le prévenu reconnaît alors que le contrôle s’est « uniquement fait au niveau du rez-de-chaussée ».

… mais pas du sous-sol

Il précise qu’il était uniquement présent sur place pour contrôler la véranda et qu’il n’a jamais procédé à un contrôle du « concept global incendie » de l’établissement.

Interrogé par le Ministère public, le chargé de sécurité confirme qu’il n’a donc pas mis les pieds au sous-sol, là où se trouve la fameuse mousse terriblement inflammable au cœur de l’enquête. « Les travaux effectués au sous-sol n’ont fait l’objet d’aucun contrôle? » demandent les procureures. « Oui, en effet. Ils n’ont fait l’objet d’aucun contrôle, ni par moi, ni, certainement, par la Commission des constructions », répond le prévenu.

Aucun contrôle poussé du Constellation n’a donc eu lieu avant son inauguration en décembre 2015. Il y a bien eu deux contrôles périodiques en 2018 et en 2019 mais ils n’ont pas porté sur la fameuse mousse à l’origine du drame qui a fait 41 morts et 115 blessés.

Fabiano Citroni, Pôle enquête RTS