Il pleut moins souvent, mais lorsque la pluie tombe, elle peut être plus intense. C’est l’un des paradoxes du changement climatique et, en Suisse, ce phénomène n’est pas qu’une simple impression. Selon les scénarios climatiques, cette tendance devrait se poursuivre dans les décennies à venir.

Les séries historiques des pluviomètres permettent de retracer l’évolution des précipitations en Suisse. « Depuis les années 1980, lorsque des instruments capables d’enregistrer la pluie avec une résolution temporelle de dix minutes ont été introduits, l’intensité des fortes précipitations sur une période de dix minutes a augmenté d’environ 20% », explique le météorologue Luca Nisi.

Sur une période plus longue, les précipitations journalières intenses montrent une augmentation de leur fréquence d’environ 26% et de leur intensité d’environ 12% au cours des 100 dernières années. Ce phénomène, qui accroît notre vulnérabilité face aux événements extrêmes, est directement lié au réchauffement climatique.

Tendance des fortes précipitations journalières durant la période 1901-2024 dans les stations de mesure suisses. [MÉTÉOSUISSE] Tendance des fortes précipitations journalières durant la période 1901-2024 dans les stations de mesure suisses. [MÉTÉOSUISSE] Une atmosphère plus chaude retient davantage d’eau

Pour comprendre comment les changements climatiques influencent l’intensité des précipitations, il faut se pencher sur la physique de l’atmosphère. « Lorsque la température augmente d’un degré, l’air peut contenir environ 7% de vapeur d’eau en plus », explique Luca Nisi.

Ce phénomène repose sur un principe de thermodynamique: à mesure que la température augmente, la quantité de vapeur d’eau issue de l’évaporation des sols ou des plans d’eau qui s’accumule dans l’atmosphère croît également.

Cela signifie que, lorsque les conditions nécessaires à la condensation et à la formation des précipitations sont réunies, il y a potentiellement plus d’eau disponible pour alimenter des pluies intenses.

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Des étés plus secs, des précipitations plus intenses

Les scénarios climatiques Climat CH2025 prévoient une autre évolution, encore plus marquante. Les précipitations annuelles globales ne changeront pas de manière significative, mais leur répartition saisonnière sera modifiée. Les étés seront en moyenne plus secs, tandis que les précipitations hivernales augmenteront.

L'évolution des précipitations en Suisse selon les scénarios climatiques Climat CH2025. [MÉTÉOSUISSE] L’évolution des précipitations en Suisse selon les scénarios climatiques Climat CH2025. [MÉTÉOSUISSE]

L’augmentation la plus marquée concernera les précipitations de courte durée, typiquement associées aux orages. Dans un scénario où le réchauffement global atteint trois degrés, les précipitations horaires pourraient augmenter de 10% à 30%, tandis que les précipitations journalières pourraient croître de 5% à 25%, selon les données rapportées par Luca Nisi.

« Cette augmentation est principalement liée aux précipitations orageuses », précise le météorologue. Cela représente un enjeu important, notamment au sud des Alpes, où le risque d’inondations est accru. On pense immédiatement à la crue dévastatrice crue du Val Maggia en été 2024.

En été 2024, de violents orages et des pluies torrentielles avaient fait plusieurs morts et détruits des dizaines de maisons dans le Val Maggia et ses vallées latérales, au Tessin. [KEYSTONE - MICHAEL BUHOLZER] En été 2024, de violents orages et des pluies torrentielles avaient fait plusieurs morts et détruits des dizaines de maisons dans le Val Maggia et ses vallées latérales, au Tessin. [KEYSTONE – MICHAEL BUHOLZER] Des événements extrêmes plus fréquents

« Cela ne signifie pas que chaque événement atteindra cette intensité, mais les épisodes extrêmes deviendront plus fréquents qu’auparavant », relève Luca Nisi. Les régions alpines et le sud des Alpes ont toujours été exposés à des précipitations intenses, en raison de la présence des montagnes et de la proximité de la Méditerranée. Cependant, le réchauffement climatique contribue à rendre ces phénomènes encore plus violents.

Un événement extrême de fortes précipitations qui, entre 1991 et 2020, se produisait en moyenne une fois tous les 50 ans pourrait, dans un monde réchauffé de trois degrés, survenir tous les 25 ans, selon les prévisions climatiques. Un tel événement serait également plus intense. « Nous prévoyons environ 11% de pluie en plus », indique Luca Nisi.

Des inondations en été comme en hiver

La conjonction de précipitations plus intenses et d’étés plus secs peut en outre provoquer une accentuation du phénomène de ruissellement de surface. « Concrètement, ce ruissellement est la cause de nombreux dégâts », aggravant les crues, les coulées de boue et les glissements de terrain, souligne le météorologue.

Les changements ne concernent pas uniquement la saison chaude. Avec l’augmentation des températures, la limite des chutes de neige continuera de s’élever, et une part croissante des précipitations tombera sous forme de pluie à basse altitude. « Par rapport au passé, les inondations pourraient donc s’étendre à d’autres périodes de l’année », affirme Luca Nisi.

Un défi pour l’avenir des infrastructures

Ces bouleversements représentent un défi en matière d’aménagement du territoire et d’infrastructures. Les normes de construction des routes, des ponts, des digues ou encore des systèmes de drainage sont fondées sur des données historiques. Pour éviter les problèmes à l’avenir, il est crucial de mettre à niveau les infrastructures existantes et d’adapter les normes, conclut Lucas Nisi.

Matteo Martelli, RSI

Adaptation pour RTSinfo: Didier Kottelat