Non contente d’avoir survécu à ses études de médecine, Ombeline Desjonquères les a aussi racontées dans un roman percutant. ‘L’odeur du désinfectant’ dépeint l’atmosphère des amphithéâtres bondés, les gardes interminables, les soirées alcoolisées, les moments de grâce et la déshumanisation d’un système.
« Mon meilleur souvenir de médecine? L’atmosphère générale de détresse », confie Ombeline Desjonquères en préambule de son récit intitulé ‘L’odeur du désinfectant’. Des quelque 1600 candidats présents sur la ligne de départ, il n’en restera que 200. Qu’importe. Depuis toute petite, Ombeline Desjonquères rêve d’être médecin. A 17 ans, après une brillante scolarité, la jeune fille entame ses études de médecine avec confiance à Clermont-Ferrand. Et ça commence dans un amphithéâtre rempli à ras bord, dans lequel il faut faire sa place, puis enquiller des heures de cours, réviser neuf heures par jour avant de passer les premiers examens.
Un système qui broie
Si la deuxième année ouvre les portes de l’hôpital, les choses ne s’améliorent pas pour autant pour Ombeline. A chaque stage pratique, il faut observer les patients, le personnel, tenter de décrypter les maux de chacun, tout en se faisant une place dans un système codifié et tendu.
‘Ma pauvre, si tu veux être en bonne santé, tu as mal choisi tes études’. » Pourquoi n’y avait-il que moi que cette phrase mettait en colère? Pourquoi ma santé valait-elle moins que celle du patient que j’auscultais?
Extrait du roman ‘L’odeur du désinfectant’ d’Ombeline Desjonquères
Heureusement qu’Ombeline et ses camarades peuvent compter sur les fameuses OB. Les soirées open-bar des étudiants en médecine servent à décompresser, à libérer les corps et les esprits, en ingurgitant le plus d’alcool et le plus de fluides corporels externes possible.
Amour des gens
En lisant ‘L’odeur du désinfectant’, on se dit que, finalement, notre propre formation n’a jamais atteint ces sommets de difficulté. A travers ses stages, Ombeline découvre la peau fine des vieillards, le côté cow-boy des orthopédistes, les odeurs corporelles omniprésentes, la misère sociale, les médecins qui inspirent, ceux qui méprisent.
Ombeline Desjonquères n’a pas choisi médecine pour opérer à cœur ouvert ou trouver des maladies exotiques. Ce qu’elle préfère, ce sont les consultations. Ecouter les gens, découvrir de quoi ils et elles souffrent, les rassurer. Le bon médecin est capable de diplomatie et d’empathie. D’ironie aussi, mais ça, c’est plutôt une question de survie.
Faire bouger les choses
Il n’empêche. La vocation a beau être là, pratiquer la médecine, de nos jours, relève du sacerdoce, entre le manque de sommeil, la confrontation à la souffrance d’autrui, les effectifs réduits.
Au lieu de mettre l’attention sur des connaissances théoriques qu’on pourra toujours apprendre plus tard, la médecine pourrait développer la relation au patient, la relation à son propre corps et la gestion des émotions.
Ombeline Desjonquères dans l’entretien QWERTZ
Ombeline termine ses années d’externe consumée par la fureur. Elle se questionne sur la pratique de la médecine: doit-on forcément l’exercer dans l’inconfort et la souffrance? D’autres voies sont-elles possibles? A ce titre, ‘L’odeur du désinfectant’ est bien plus qu’un récit d’apprentissage intime. C’est aussi un manifeste politique pour apprendre à soigner sans détresse.
Sarah Clément/sf
Ombeline Desjonquères, ‘L’odeur du désinfectant’, éditions De l’Archipel, août 2026.
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