Il n’y a pas de hic avec ce « Fertik ». Créé au Théâtre Nuithonie de Villars-sur-Glâne (FR) jusqu’au 8 mars avant de partir en tournée romande, le nouveau spectacle du duo fribourgeois Les Diptik est une bombe à remonter le moral et une ode à la tentative.

Le nouveau spectacle des Diptik s’appelle « Fertik ». Un tel amour de la lettre K rappelle l’humour absurde de l’écrivain Dino Buzzati ou les facéties linguistiques du groupe anglais The Kinks.

L’humour, ça démarre parfois dès la première étincelle. Par exemple lorsque le duo fribourgeois Céline Rey & David Melendy commence par baptiser sa nouvelle création « Fertik », soit grosso modo traduit de l’allemand: fini, prêt, terminé… alors qu’il n’a encore pas la moindre idée du contenu de cette aventure. Tout de même, au départ, ces anciens de l’Ecole Dimitri récompensés par le Prix suisse des arts de la scène 2020 tenaient une piste: aborder la question du changement et notre peur, souvent partagée, de l’avenir.

Rater, immanquablement

Les Diptik sont des clowns. Comme tous clowns qui se respectent, dès qu’il s’agit d’entreprendre une action quelconque, ça rate. Immanquablement. C’est en ceci que les clowns se distinguent de vous et moi: s’asseoir sur une chaise, pousser une porte, soulever un objet, s’habiller ou simplement traverser la scène sont autant d’épreuves qui ramènent Ulysse au rang d’aimable rameur canotant sur un étang. Et si les clowns ratent, c’est pour mieux nous soulager: oui, il y a plus maladroit que nous. Malgré les obstacles, nous parviendrons bien à accomplir quelque chose.

Le duo le déclare d’emblée: « Fertik » part dans tous les sens. Le but: le trouver, ce fameux sens. Et ce spectacle déboule par une introduction calamiteuse, une suite de patatras avec une interprétation du thème « Also sprach Zarathustra » de Richard Strauss à rayer les vitres. Elvis commençait aussi ses concerts de Las Vegas avec cette musique. Fort heureusement pour ses fans, lui ne jouait ni trompette, ni bombardon. Et s’il apparaît dans cette chronique, c’est aussi parce que David Melendy arbore une banane capillaire d’une rare prestance.

Une ode à la tentative

Les Diptik tentent de nous présenter leur nouveau spectacle « Fertik » et n’y parviennent que rarement ce qui, in fine, donne bien sûr ledit spectacle. Lequel est donc une ode à la tentative. Osons, ratons, mais tentons, plutôt que de rester comme des moutons. Voici pour la morale.

Côté public, on se bidonne face à ce spectacle qui entrechoque chutes, bagarres langagières et musiques. Car la bonne idée de ce « Fertik », c’est aussi de s’adjoindre les services d’un musicien. L’excellent Cédric Blaser aura toutes les peines du monde à exercer son art, sans cesse bousculé par ses deux olibrius de partenaires. On ajoute la comédienne Fanny Krähenbühl à la co-écriture et à la co-mise en scène de ce « Fertik » pour conclure avec ce paradoxe: en ratant tous leurs sketches, les Diptik ont parfaitement réussi leur nouvelle création. « Fertik » est recommandé dès 8 ans, sans limite supérieure.

Thierry Sartoretti/mh

Les Diptik, « Fertik », à voir à Villars-sur-Glâne (FR), Nuithonie, jusqu’au 8 mars 2026, Gland (VD) Théâtre de Grand-Champs, 12 et 13 mars, Sion (VS), Spot, 17 et 18 mars, Yverdon-les-Bains (VD), l’Echandole, 22 mars, Aigle (VD), Waouw, 27 au 29 mars, Porrentruy (JU), CCDP, 7 au 8 mai.