Certaines femmes s’imposent des régimes stricts ou du sport intensif durant leur grossesse pour limiter leur prise de poids. Avec des risques sérieux pour leur santé et celle de leur enfant. Carlo Delli Noci, médecin associé au Service de psychiatrie de liaison du CHUV, explique ce trouble de plus en plus fréquent dans l’émission On en parle.
Le terme prégorexie, contraction de ‘pregnant’ et ‘anorexie’, désigne une préoccupation excessive autour du poids pendant la grossesse. Si prendre des kilos fait partie d’une grossesse normale, certaines femmes vivent les changements de leur corps avec beaucoup d’anxiété: un ventre qui s’arrondit, une silhouette qui se modifie ou des chiffres qui augmentent sur la balance sont parfois très difficiles à accepter. Au point de mettre sa santé et celle de son enfant en danger.
Adopter une alimentation stricte, compter les calories, réduire les quantités, sauter des repas ou encore faire beaucoup de sport pour essayer de limiter au maximum cette prise de poids sont autant de comportements typiques d’une prégorexie.
Peu de chiffres
« La prégorexie est une maladie reconnue du point de vue clinique, mais pas reconnue en tant que diagnostic dans le système de classification », explique Carlo Delli Noci, Médecin associé au Service de psychiatrie de liaison du département de psychiatrie du CHUV, dans l’émission On en parle du 2 septembre 2026. « Les cas sont sûrement en augmentation, mais nous n’avons pas encore de chiffres précis autour de la prévalence: entre 0,6% et 25% des femmes seraient touchées. L’écart est très large. »
Parmi les femmes concernées que rencontre le médecin, certaines ont déjà souffert de troubles du comportement alimentaire, mais pas toutes. « C’est un phénomène d’angoisse. On est tout de suite dans une dynamique de contrôle », précise Carlo Delli Noci.
Nous vivons aujourd’hui une pression scopique, c’est-à-dire liée à l’image et au regard de l’autre incomparable avec le passé. Les femmes y sont énormément exposées. Mais il ne faut pas oublier que la grossesse implique des changements corporels énormes et des remaniements psychiques. Ce mélange peut être explosif.
Carlo Delli Noci, médecin au CHUV Des risques importants pour la santé
Selon le spécialiste, les risques de la prégorexie concernent à la fois la mère et son enfant. « La santé physique et mentale de la mère est concernée, par exemple avec des carences osseuses, des carences vitaminiques et une dépression post-partum. Il y a aussi un risque de développer des pathologies psychiatriques comme les troubles du comportement alimentaire. Et chez l’enfant, le risque d’un retard de croissance intra-utérine et d’une naissance prématurée. »
Si l’on se sent concernée, le docteur conseille de s’adresser à un spécialiste comme un psychiatre, son gynécologue, son généraliste ou la sage-femme conseillère. Il recommande aussi d’en parler à son entourage. « Les proches doivent faire preuve de tact et la déculpabiliser. La grossesse n’est pas que du bonheur, c’est quelque chose qui change énormément le corps. »
Sujet radio: Marie Tschumi
Adaptation web: Myriam Semaani