Depuis son enfance, Adèle Castillon grandit sous l’oeil du public. Elle est devenue célèbre à 13 ans, lorsqu’elle postait des pastilles humoristiques sur Youtube, à rebours des tutos beauté très en vogue. Déjà singulière dans une industrie en plein essor, elle s’est constitué une communauté de followers devenus des fans fidèles, qui l’ont suivie lorsqu’elle s’est lancée dans la musique en 2018 avec le duo Videoclub, formé avec son petit ami de l’époque. Leur single Amour Plastique, aujourd’hui single de diamant, est devenu la bande-originale des premières amours adolescentes, leurs chansons ont cartonné. Le temps est passé et Adèle Castillon est revenue au studio d’enregistrement, seule – et plus inspirée que jamais. En 2023, elle a dévoilé un premier album solo au titre évocateur : Plaisir Risque Dépendance. Trois mots pour raconter les joies et les douleurs d’une jeune femme souffrant d’addiction et qui décide, courageusement, d’en parler à coeur ouvert à son public. La prise de risque a payé : ceux qui regardaient ses vidéos comiques des années plus tôt sont devenus adultes comme elle, avec leurs propres tourments. Ils lui ont apporté un soutien intact, d’une ferveur renouvelée. Les professionnels ont aussi été conquis, puisqu’elle a été nommée parmi les Révélations des Victoires de la musique 2024.

Il y a un an, l’accueil a naturellement été chaleureux pour son réjouissant Crèvecoeur, dont la pochette est inspirée par un mème viral sur les réseaux sociaux. Sur ce double EP, la chanteuse de 24 ans multiplie les collaborations avec les artistes, notamment avec Louane et Gazo. Quelques mois avant les festivals d’été, dont elle est l’une des artistes les plus attendus, nous avons échangé avec Adèle Castillon à l’occasion d’un shooting organisé par Vanity Fair pour notre numéro de mars, disponible en kiosque dès le 25 février. Rencontre.

Pourquoi avoir choisi la forme de double EP pour présenter Crèvecoeur ?
Adèle Castillon. Je l’ai imaginé comme une espèce de mixtape à enrichir entre chaque album. Une sorte de cahier de brouillon en ligne. J’ai décidé d’opter pour ce format assez naturellement après mon premier album. Je ne me sentais pas encore complètement mure et prête et je n’avais pas envie de sortir un deuxième album tout de suite parce que je tenais à ce qu’il soit un objet artistique avec une vraie histoire, un vrai fil conducteur. Je n’avais pas encore cette vision. J’aimais aussi l’idée de m’affranchir des codes habituels et de me sentir libre dans ce que je faisais. Cette transition me permet d’explorer. Là, en l’occurrence, je suis en train de travailler sur mon deuxième album. En attendant, je vais faire vivre ma discographie pendant les festivals cet été. Je vais continuer à proposer des choses à ma communauté.

Le lien que vous entretenez avec votre public via les plateformes dure depuis plus de dix ans.
J’ai cette chance immense d’avoir une histoire singulière avec les gens qui s’intéressent à mon travail. Certains me suivent depuis le début et je les revois au fil de mes concerts. D’autres montent dans le train maintenant [rires]. Je trouve ça très beau, surtout quand je reçois des messages en ce sens. Moi-même, j’adore suivre des artistes depuis des années. C’est fascinant de les voir évoluer, grandir. Le fait que ça puisse être le cas pour moi aussi est très gratifiant. Tant que je reste moi-même, authentique, j’ai l’impression que mon public me suit où que j’aille.

Qu’est-ce qui vous a encouragée à évoquer vos addictions dans votre premier album solo ?
J’aimerais vous dire que j’y ai vraiment réfléchi mais, en vérité, j’étais juste dans une phase bizarre de ma vie, entre l’adolescence et l’âge adulte. J’avais encore un peu l’insouciance de la jeunesse. Je venais de m’installer à Paris, j’étais en plein dans l’addiction. On peut penser que j’ai du recul, quand on écoute ce que j’en dis, mais je n’en avais pas du tout à ce moment-là. Tout ce que je savais, c’est que je voulais marquer une vraie différence avec Videoclub. J’ai découvert le plaisir d’aller au bout de mes idées et d’oser faire des choix parfois radicaux, notamment en me montrant vulnérable. Je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’en solo, quand je n’avais plus à m’adapter à quelqu’un d’autre. J’ai pu y aller à fond et me découvrir moi-même. Ce n’était pas hyper évident de sortir un album comme ça. On s’imagine parfois que j’étais très identifiée parce que j’avais déjà fait une chanson écoutée par des centaines de millions de gens, mais ce n’est pas le cas. Je devais donc aussi m’affranchir de ce côté one hit maker. Cet album était la première brique de ma carrière en solo. En ce moment, je gamberge pour le deuxième et j’ai la conviction qu’il sera encore plus intime. Je touche quelque chose que je n’ai jamais touché avant. Moi qui suis adepte de la psychologie, je suis convaincue qu’il n’y a rien de plus thérapeutique que la musique.