Chaque année, plus de 18.000 femmes en France sont touchées par un cancer gynécologique pelvien, rappelle l’association de patients Mon Réseau Cancer, c’est-à-dire ceux touchant des organes féminins : l’utérus (col et endomètre), les ovaires, le vagin et la vulve.
Leur particularité est qu’ils sont souvent difficiles à diagnostiquer, car ils peuvent évoluer longtemps avec des symptômes discrets et peu spécifiques, comme un ventre gonflé, des douleurs abdominales ou pelviennes, ou encore des troubles digestifs. Lorsque ces signes persistent, se répètent ou apparaissent sans raison apparente, ils ne doivent pas être minimisés.
« Je n’avais jamais eu mal » : les signes des cancers gynécologiques peuvent être discrets
Le point commun à la plupart de ces cancers est leur discrétion au stade précoce. À l’occasion de Septembre Turquoise, l’association de patients Mon Réseau Cancer a recueilli les témoignages de femmes diagnostiquées à 35 ans d’écart, dont les parcours illustrent bien cette difficulté à reconnaître les premiers signes.
Hélène, diagnostiquée d’un cancer de l’ovaire à seulement 23 ans, a longtemps mis son ventre qui gonflait et ses troubles digestifs sur le compte de désagréments sans gravité, avant la découverte d’une tumeur. Elle regrette aujourd’hui que « les symptômes soient souvent confondus avec des troubles digestifs ou gastriques ».
Sabine, diagnostiquée quinze ans plus tard à 59 ans, raconte une histoire similaire : « Je pensais à une grosse crise d’aérophagie. Je ne m’attendais absolument pas à un tel diagnostic. Je n’avais jamais eu mal. Rien ne me faisait penser à un cancer. Si j’ai consulté, c’est parce que je voyais bien que ce ventre gonflé n’était pas normal. »
« Ces signes sont faciles à ignorer » : comment reconnaître les symptômes des cancers gynécologiques ?
Comme le résume le Dr Matthew Schlumbrecht, oncologue gynécologique à l’Université de Miami (UMiami), aux Etats-Unis, ces cancers ne s’annoncent pas bruyamment et commencent par des signaux discrets. « Ils ont tendance à se manifester d’abord de façon insidieuse, et ces signes sont faciles à ignorer, » indique-t-il dans un communiqué partagé par l’université en août.
Ces symptômes gynécologiques persistants ou inhabituels doivent être surveillés, notamment les ballonnements fréquents et prolongés, les douleurs ou pressions pelviennes ou abdominales, les changements urinaires (envie urgente ou fréquente d’uriner) et surtout les saignements vaginaux anormaux, notamment après la ménopause.
Ces signes peuvent être liés à des problèmes bénins, mais leur persistance peut aussi révéler un cancer gynécologique. Il est donc recommandé de consulter si les symptômes durent plus de deux semaines, s’aggravent, perturbent le quotidien ou semblent inhabituels, et de ne pas hésiter à faire confiance à son ressenti et à en parler à un professionnel de santé, précisent-ils.
Les symptômes à surveiller diffèrent selon la localisation, comme le résume la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer :
Cancer de l’ovaire : ballonnements persistants (surtout s’ils durent plusieurs semaines ou s’accompagnent d’une sensation de satiété rapide), gonflement du ventre, douleurs abdominales ou pelviennes, troubles du transit, envies urinaires fréquentes ou urgentes.
Cancer de l’endomètre et col de l’utérus : saignements en dehors des règles, saignements après la ménopause, douleurs pendant les rapports sexuels, pertes anormales.
Cancer du vagin et de la vulve : démangeaisons, ulcérations, modifications de la peau, saignements.
Pourquoi les signes des cancers gynécologiques sont-ils si souvent ignorés ?
Ces symptômes ressemblent à s’y méprendre à des troubles digestifs, hormonaux ou liés au stress, ce qui pousse naturellement à les minimiser, indiquent des médecins de l’université de Miami dans leur communiqué. S’y ajoute une dimension culturelle : de nombreuses patientes confient ne pas vouloir « paraître dramatiques » ou d’inquiéter leur entourage, un réflexe qui retarde la consultation et peut, selon les praticiens, faire une réelle différence sur le pronostic.
Comme il n’existe pas de dépistage organisé pour le cancer de l’ovaire, cette vigilance personnelle devient d’autant plus importante. La Fondation ARC encourage ainsi ces mesures de prévention complémentaires à l’échelle individuelle :
Le dépistage, pour le cancer du col de l’utérus (frottis puis test HPV) mais aussi pour le cancer du sein (mammographie tous les 2 ans de 50 à 74 ans) ou individuel selon les facteurs de risque de chacune.
La vaccination contre le HPV, recommandée dès 11-14 ans, qui réduit jusqu’à 90 % le risque de cancer du col de l’utérus, sans toutefois l’éliminer totalement, accompagnés des frottis de dépistage réguliers à faire partir de 25 ans.