Un don de 20’000 francs a été versé par un riche propriétaire viticole sur un compte du Centre Lavaux – Oron pour soutenir l’activité politique de la conseillère d’Etat Valérie Dittli. Une somme versée un jour seulement après l’annonce d’un plan d’aide de 17 millions de francs pour la viticulture vaudoise. Un calendrier qui soulève des interrogations. 

Le 14 novembre 2025, 19’800 francs au total ont été versés sur un sous-compte du Centre Vaud, qu’elle était la seule à utiliser, selon des informations de la RTS. Ces dons proviendraient de quatre sociétés appartenant à Jürg Staübli, un grand propriétaire de vignes dans le canton de Vaud et l’une des 300 plus grandes fortunes de Suisse, selon Bilan.

Le calendrier de ces versements interroge. La veille, le 13 novembre 2025, la conseillère d’Etat chargée de l’agriculture avait présenté un plan d’aide de 17 millions de francs destiné à la viticulture vaudoise.

>> Lire aussi : Après une nouvelle polémique, Valérie Dittli quitte le Centre Vaud et lance son propre parti

Un don fractionné

Jürg Staübli, interrogé par 24 Heures, a reconnu avoir sciemment divisé son don en quatre montants de 4950 francs pour éviter la transparence imposée par la loi sur le financement des partis. Contacté par la RTS, il renvoie à son compte LinkedIn, sur lequel il écrit avoir versé de l’argent à Valérie Dittli dont il soutient le travail. 

Il a également confirmé que ce soutien financier était destiné à la ministre en personne, déclarant: « Oui, je connais Valérie, oui, je l’ai soutenue financièrement, oui, je suis de l’avis qu’elle fait un très bon travail dans sa fonction de ministre de l’Agriculture et de la Viticulture. »

Des questions sur la légalité des dons

La Chancellerie cantonale rappelle que les conseillers d’État ne peuvent accepter de dons en espèces, quel qu’en soit le montant. Une directive interne fixe par ailleurs à 300 francs le plafond des dons de faible importance acceptables pour l’ensemble des fonctionnaires.

L’avocat pénaliste Loïc Parrein estime que cette affaire mérite un examen approfondi: « Lorsqu’un acteur économique actif dans le domaine de compétence d’un ministre effectue des versements financiers, et qu’une décision prise par ce même ministre semble le favoriser, il y a des raisons de s’interroger », déclare-t-il.

Valérie Dittli se défend 

Valérie Dittli précise que le compte créé conjointement sous la bannière du Centre Lavaux-Oron « était effectivement une construction qu’on a faite ensemble en vue d’une potentielle future campagne ».

Pour elle, il s’agissait clairement de la soutenir en tant que ministre, même si elle n’était pas en campagne à cette époque, à fin 2025. « Un soutien, dans la vie politique d’un conseiller d’Etat, c’est pour une future campagne. Sinon, on ne soutient pas un conseiller d’Etat. »

Elle précise encore qu' »il faut maintenant demander, avec cette nouvelle situation depuis que j’ai quitté le Centre Vaud, aux personnes qui ont donné de l’argent si elles souhaitent donner pour la campagne de Valérie Dittli au Conseil d’Etat ou pour la campagne d’un candidat centriste au Conseil d’Etat. »

Quant au calendrier des versements et de l’annonce du plan d’aide à la viticulture, la ministre répond: « Monsieur Staübli a choisi le moment et les montants qu’il a versés. Ce n’est pas de ma responsabilité. »

Et de préciser: « Mais je peux aussi vous assurer que dès que j’ai vu les questions que cela posait, j’ai demandé à mes services s’il y avait un mélange entre les fonds qui sont versés, une coïncidence. Ils m’ont dit que Monsieur Staübli n’avait à ce jour, et à ma connaissance, pas bénéficié de ces aides. »

Contacté, le gouvernement vaudois précise ne pas s’exprimer sur ce cas particulier. Il répondra, mardi prochain, à une question orale d’une députée socialiste sur la transparence du financement des campagnes. 

Carole Pantet