« C’est peut-être l’œuvre la plus iconique de nos collections », rappelle Émilie Girard , la directrice des musées strasbourgeois. Peinte en 1703 par Nicolas de Largillierre, « un portraitiste de génie », La Belle Strasbourgeoise   témoigne du « soin particulier que l’artiste accordait aux étoffes ». Une attention qui a valu à cette inconnue le surnom de “Joconde alsacienne”, en référence aux détails du costume de l’œuvre de Léonard de Vinci.

Pour une fois, ce ne sera pas elle la star. À mieux la regarder dans le clair-obscur de l’huile sur toile de grand format, cette élégante tient dans ses mains gantées un petit chien, comme un accessoire de mode. « Ce cavalier king charles, extrêmement bien assorti à la tenue en noir et blanc, a presque l’air de s’impatienter du temps de pose », observe Émilie Girard. Rien d’étonnant à une époque où il était chic de se faire portraiturer avec Pépette ou Médor.

« Dans une société violente entachée de crises multiples, pourquoi cette omniprésence du mignon ? »

C’est lui, ce petit toutou, qui vaut à La Belle Strasbourgeoise l’occasion de voyager au musée du Louvre-Lens dans le cadre d’une exposition intitulée “Trop mignon ! L’art du bonheur”, coconstruite avec les musées de Strasbourg. Du 23 septembre 2026 au 18 janvier 2027, quelque 300 œuvres, de l’Antiquité à Jeff Koons , montreront ce qu’elles ont de plus adorable, de plus craquant, bref, de trop “choupi”.

« Aujourd’hui, on dit 50 fois par jour : “Oh, trop mignon !” Mais « comment relire l’histoire de l’art à partir de ce prisme ? s’interroge Émilie Girard. Qu’est-ce que ça dit de notre rapport à l’esthétique et au monde dans une société violente entachée de crises multiples, pourquoi cette omniprésence du mignon ? Comment est-il devenu une valeur refuge ? »

La Belle Strasbourgeoise rentrera à la maison pour le second volet de l’exposition “Trop Mignon ! La revanche du cute ” , attendu du 19 février au 29 août 2027 au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg.