Insultes, menaces, violences physiques: les CFF signalent chaque jour une dizaine d’agressions contre leurs employés. Pour dénoncer cette réalité, le Syndicat du personnel des transports (SEV) a organisé jeudi sa deuxième journée d’action.
Jeylan Beck travaille avec passion comme agent du service clientèle depuis 2022. De plus en plus souvent confronté à la violence au quotidien, il garde le souvenir d’un trajet particulièrement éprouvant: «Je voyageais de Coire à Zurich en ICE et j’ai dû gérer treize wagons tout seul.»
Le contrôleur de train se souvient.20min/Lisa Arnold
Dans le wagon-restaurant, il a rencontré un passager sans billet qui refusait de payer sa consommation. La situation a dégénéré: «L’homme m’a poussé d’un bout à l’autre du wagon et m’a donné plusieurs coups dans le dos, se souvient-il. J’étais seul et ne pouvais pas compter sur le soutien d’un collègue.»
C’est pire depuis le Covid
Helene Bürge, employée du service clientèle de la compagnie Matterhorn Gotthard depuis 15 ans, a également vécu une expérience traumatisante. «Un jeune homme m’a rouée de coups sans raison apparente, me laissant couverte de bleus. Puis il a brisé une vitre et s’est enfui», raconte-t-elle.
Ce qu’Helene Bürge a vécu reste pour elle le «pire moment» de sa carrière.20min/Lisa Arnold
L’homme a finalement été appréhendé. Un tel acte de violence reste heureusement un cas isolé: «La plupart de nos passagers sont des touristes généralement sympathiques», poursuit-elle.
Tous deux soulignent qu’ils perçoivent une recrudescence de l’agressivité depuis la pandémie de Covid-19: «Le seuil de tolérance a tellement baissé, il suffit d’une question banale pour déclencher une réaction agressive chez certaines personnes, note Helene Bürge, qui réclame du respect».
Pas de base nationale
«Nous voulons envoyer le message clair que nous ne tolérons pas la violence dans le quotidien professionnel du personnel des transports», a déclaré Barbara Keller, vice-présidente du SEV, lors de la conférence de presse jeudi à la gare centrale de Zurich.
Alexandra Akeret, secrétaire syndicale (à gauche), et Barbara Keller, vice-présidente (à droite), ont animé la conférence de presse.20min/Lisa Arnold
«De plus, il est nécessaire de signaler et d’enregistrer systématiquement les incidents à l’échelle nationale», ajoute-t-elle. Actuellement, il n’existe pas de base de données nationale pour enregistrer les incidents entre les différentes entreprises de transport.
Les CFF rappellent la mise en place de certaines mesures et d’autres à venir (voir encadré). «Les témoignages du personnel nous préoccupent beaucoup», admet Lea Meyer, responsable de l’accompagnement des clients et du nettoyage.
Lea Meyer est responsable de l’accompagnement de la clientèle et du nettoyage aux CFF.20min/Lisa ArnoldFormation du personnel: les CFF forment leurs employés à la gestion de situations conflictuelles potentiellement à risque afin de désamorcer les tensions.Vidéosurveillance: si les nouveaux trains sont déjà équipés de caméras, les CFF modernisent également les rames plus anciennes.Présence policière: au printemps, les CFF ont conclu avec le SEV un accord prévoyant un accompagnement à deux. «À partir de 22 heures, nos contrôleurs seront systématiquement en binôme», explique Lea Meyer. La présence de la police des transports doit aussi être renforcée, notamment dans les trains longue distance.Adaptations réglementaires: les CFF misent sur des adaptations légales pour améliorer la sécurité du personnel. En juillet, une table ronde a réuni notamment des victimes. L’objectif est de sensibiliser les responsables politiques à la nécessité d’agir. Le port volontaire de caméras corporelles est également envisagé.
(jsa)