Face au manque de fourrage provoqué par les sécheresses à répétition, les producteurs de fromages sous appellation d’origine protégée (AOP) doivent composer avec les limites de leurs cahiers des charges. Reportage à Fribourg et en Valais.

A Ecuvillens, dans le canton de Fribourg, le foin local s’est fait rare en raison de la sécheresse estivale. Chez l’agriculteur Alexandre Galley, le constat est amer: il a fallu importer deux camions de fourrage français pour un coût de 25’000 francs afin de passer l’hiver.

Ses vaches produisent le lait pour le gruyère AOP. Or, pour bénéficier du label, le cahier des charges impose qu’au moins 70% de l’herbage provienne de l’exploitation même. Avec l’achat de foin étranger, le calcul devient extrêmement serré. « Ce n’est pas le but d’importer du fourrage pour produire du gruyère suisse », concède dans le 19h30 Alexandre Galley, tout en rappelant qu’en temps normal, l’autonomie fourragère est la règle.

>> Le sujet dans le 19h30 : Maque de fourrage local: nos produits AOP sous pression Manque de fourrage local: nos produits AOP sous pression / 19h30 / 2 min. / mardi à 19:30

Si l’apport extérieur reste toléré dans la limite des 30%, une subtilité permet de lisser ce pourcentage sur plusieurs années. Toutefois, Olivier Isler, directeur de l’interprofession du Gruyère, prévient: « si ces phénomènes climatiques extrêmes venaient à se répéter, il faudrait envisager une adaptation des exigences du cahier des charges pour ne pas pénaliser les producteurs, tout en ne remettant pas en cause la qualité de ce produit ».

Irrigation en Valais

En Valais, la situation est différente. Les producteurs du raclette du Valais AOP ont le sourire. Les stocks de fourrage sont suffisants car les agriculteurs ont pu arroser les prairies tout l’été.

« En comparant avec les autres régions, nous avons moins de problèmes car nous disposons depuis des siècles de systèmes d’arrosage et de bisses », explique Urs Guntern, directeur de l’interprofession du raclette du Valais AOP. « Les deuxième et troisième coupes de foin ont pu être assurées presque normalement », évitant ainsi d’avoir à assouplir les règles de l’appellation.

Ces prochaines années, face aux défis climatiques, agriculteurs et responsables des AOP devront trouver des solutions, peut-être collaborer, pour garantir des produits ancrés dans nos régions.

Sujet TV: Rafael Poncioni

Adaptation web: lan