Une vaste cohorte menée à Yamagata relie la consommation de ramen trois fois par semaine à une mortalité plus élevée. Entre âge, alcool et soupe salée, certains profils interpellent.

Bol fumant, nouilles bien élastiques… Au Japon comme en France, les ramen sont devenus un plat du quotidien. Une étude menée par la Yamagata University, grande faculté de médecine japonaise, interroge pourtant l’habitude de manger des ramen 3 fois par semaine mortalité à la clé : les gros consommateurs présenteraient un risque de décès plus élevé que les autres.

Les chercheurs ont observé que les personnes qui mangeaient des ramen au moins trois fois par semaine avaient un risque de mortalité global environ 1,5 fois plus élevé qu’avec une consommation d’un à deux bols hebdomadaires (hazard ratio, ou HR, 1,52). Mais ce résultat n’est pas statistiquement solide pour toute la population étudiée, et l’équipe insiste sur un point : il s’agit d’une association, pas d’une preuve que les ramen, à eux seuls, font mourir plus tôt. C’est dans certains profils, et surtout dans la façon de consommer la soupe très salée, que le signal devient plus net.

Ramen 3 fois par semaine : que montre vraiment l’étude japonaise ?

L’étude s’inscrit dans la Yamagata Cohort Study, l’une des plus longues études régionales au Japon. Elle a suivi 6 725 habitants de la préfecture de Yamagata âgés d’au moins 40 ans, avec des bilans de santé réguliers entre 2009 et 2023. Dans la publication parue en août 2025 dans la revue scientifique The Journal of Nutrition, Health and Aging, les auteurs indiquent avoir recensé 145 décès au cours d’un suivi médian de 4,5 ans, dont 100 par cancer et 29 par maladies cardio‑vasculaires.

Les participants ont été classés selon leur fréquence de ramen : moins d’un bol par mois, 1 à 3 par mois, 1 à 2 par semaine, et au moins 3 par semaine. Par rapport au groupe de référence (1 à 2 bols hebdomadaires), manger des ramen ≥3 fois/semaine est associé à un HR 1,52, avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,84 à 2,75. En clair, la tendance va vers un risque plus élevé, mais comme l’intervalle inclut 1, les statisticiens considèrent que le signal global reste incertain, d’autant que d’autres facteurs de mode de vie (tabac, alcool, alimentation générale) ont pu peser.

Sel, soupe et profils les plus à risque

Un bol de ramen en restaurant contient en moyenne 6 à 8 g de sel, dont l’essentiel se trouve dans la soupe. Des mesures expérimentales citées par l’université tournent autour de 6,9 g d’équivalent sel par bol, dont environ 6,2 g rien que pour le bouillon. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande pourtant de ne pas dépasser 5 g de sel par jour chez l’adulte. Dans les régions du nord du Japon, la consommation quotidienne dépasse fréquemment ce seuil, ce qui s’ajoute au risque d’hypertension, de maladies cardio‑vasculaires ou d’accidents vasculaires cérébraux.

Lorsque les chercheurs regardent des sous‑groupes, le signal devient plus franc. Chez les moins de 70 ans, manger des ramen au moins trois fois par semaine est associé à un HR 2,20 (IC 95 % 1,03–4,73). Chez les consommateurs réguliers d’alcool, le HR grimpe à 2,71 (IC 95 % 1,33–5,56). Autre détail parlant : les personnes qui boivent plus de la moitié de la soupe dans leur bol concentrent davantage le risque, ce qui pointe directement le rôle du sel plutôt que celui des nouilles en elles‑mêmes.

Comment limiter l’impact santé sans renoncer aux ramen

Dans un communiqué relayant les résultats, Miho Suzuki, enseignante à la Yamagata Prefectural Yonezawa University of Nutrition Sciences et membre de l’équipe, résume l’approche à adopter : « il est judicieux de rendre la consommation de ramen plus équilibrée et de boire moins de soupe pour réduire l’apport en sel, tout en ajoutant davantage de légumes ou d’autres ingrédients pour améliorer l’équilibre nutritionnel », explique la chercheuse. L’idée n’est pas d’interdire ce plat très ancré dans la culture locale, mais de réduire la charge en sodium, surtout chez les personnes déjà hypertendues ou grandes consommatrices d’alcool.

Éviter de finir le bouillon, qui concentre l’essentiel du sel.

Privilégier des bols plus riches en légumes et en protéines maigres plutôt qu’en tranches de viande très salées.

Limiter l’association « ramen très salés + alcool », fréquente en sortie de soirée.

Si possible, demander un assaisonnement moins salé ou dilué quand le restaurant le propose.

Les auteurs rappellent que leurs résultats concernent une préfecture où les ramen sont consommés très souvent et dans un contexte global de forte consommation de sel. D’autres études, plus larges et dans d’autres régions, devront confirmer ou non ces observations. Pour un amateur de ramen en France, ces données invitent surtout à surveiller la quantité de soupe avalée et la répétition des bols très salés dans la semaine, plutôt qu’à bannir ce plat emblématique de son alimentation.