Le géant chinois Temu cherche à se rapprocher de sa clientèle européenne en collaborant avec des commerçants helvétiques et en établissant des entrepôts en Europe. Mais derrière ce qui est présenté comme « local », on ne trouve pas forcément un vendeur suisse. En cas de litige, le consommateur peut être lésé.
Depuis sa création en 2022, Temu connaît une croissance fulgurante. En Suisse, la plateforme chinoise s’est hissée à la quatrième place des boutiques en ligne générant le plus de chiffre d’affaires, dépassant même Amazon. La majorité des produits sont expédiés directement depuis la Chine, avec des délais de livraison allant de 6 à 20 jours.
Depuis septembre 2025, Temu applique une nouvelle stratégie. Avec son programme ‘Local to local’, la plateforme ouvre ses portes aux commerçants suisses, leur permettant de vendre directement leurs produits via Temu.
En juillet dernier, elle a même annoncé une collaboration avec l’Association suisse des PME destinée à faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises suisses au commerce en ligne. Cette initiative permet à Temu de réduire drastiquement les délais de livraison tout en améliorant son image.
Forte pression sur les commerçants locaux
Daniel Lauper est l’un des commerçants suisses qui vend déjà ses produits via Temu. Il a postulé auprès de la plateforme dès le début pour toucher une clientèle supplémentaire pour ses produits ménagers et de loisirs.
Temu envoie régulièrement à des commerçants locaux des propositions d’ajustement de prix allant jusqu’à moins 40%. Daniel Lauper perçoit cela comme une forme de « pression pour baisser les prix ». En effet, s’il refuse ces propositions, la visibilité de ses produits sur la plateforme est immédiatement réduite.
Par ailleurs, les exigences en matière de livraison imposées par Temu sont strictes par rapport à celles des boutiques suisses. Les produits doivent être expédiés dans un délai d’un à deux jours, sous peine d’une amende de cinq francs par colis. « C’est assez sévère. Nous ne connaissons pas cela avec d’autres plateformes », explique Daniel Lauper.
>> Revoir le sujet du 19h30 sur l’ouverture de Temu aux commerces suisses :
Temu ouvre sa plateforme aux commerces suisses / 19h30 / 2 min. / le 15 septembre 2025 Local ne signifie pas toujours local
En plus de collaborer avec des commerçants locaux, Temu mise sur des entrepôts en Europe. Ces derniers, répartis à travers le continent, stockent des marchandises en provenance de Chine.
Sur l’application, un symbole indiquant « local » figure sur tous les produits provenant de ces entrepôts. Cependant, pour les utilisateurs et utilisatrices, il n’est pas toujours évident de savoir s’il s’agit d’un commerçant local ou simplement d’un entrepôt appartenant à un fournisseur chinois.
Directeur de Handelsverband.swiss, une association qui regroupe quelque 400 détaillants suisses, Bernhard Egger met en garde contre ce système. En effet, quiconque commande via Temu ne conclut pas un contrat avec la plateforme elle-même, mais avec la personne ou la société qui vend le produit.
>> Le sujet d’A Bon entendeur sur le succès de Temu :
Temu mania : les dessous d’un succès phénoménal / A bon entendeur / 42 min. / le 12 novembre 2024 « C’est presque une farce »
Si le fournisseur est suisse, la sécurité des produits et la responsabilité civile sont régies par la législation suisse. En revanche, si le fournisseur est chinois, c’est le droit chinois qui s’applique, et les produits ne sont pas tenus de respecter les normes de sécurité suisses.
« En cas de litige, les consommatrices et consommateurs suisses n’ont aucune chance », avertit Bernhard Egger. Dans ses conditions d’utilisation, Temu décline en effet toute responsabilité. « C’est presque une farce », déclare le directeur de Handelsverband, qui dénonce un système qui permet de contourner la législation helvétique.
Interrogé par l’émission Kassensturz, Temu n’a pas répondu aux questions critiques, se contentant de présenter de manière générale son modèle d’affaires.
>> La mise en garde de Bernhard Egger, directeur de Handelsverband.swiss : SRF, Kassensturz, 01.9.2026, 21h10
Aline Hämmerli, SRF
Adaptation pour RTSinfo: Didier Kottelat