Opinion
–
Exem l’affichiste nous fait voter social au pont de la Machine
Le Genevois a créé 500 sujets en 50 ans. Ont été ici retenus les thèmes liés aux scrutins fédéraux, cantonaux et municipaux.
Publié aujourd’hui à 19h24 LinkedIn Lien copié Error occurred Facebook Lien copié Error occurred X Lien copié Error occurred E-mail Lien copié Error occurred Copier le lien Lien copié Error occurred
Exem devant l’ionique affiche créée pour les Bains des Pâquis. On y retrouve son animal fétiche, la pieuvre.
Laurent Guiraud, Tribune de Genève.
Ce n’est pas la première fois. J’irai même jusqu’à dire qu’Emmanuel Escoffier, dit Exem, manque rarement de visibilité (1). À 75 ans (le temps passe…) l’homme reste constamment à l’affiche. Au propre comme au figuré, bien sûr. Il faut dire que durant sa longue carrière le Genevois en aurait conçu environ 500. C’est du moins ce que dit depuis quelques jours au pont de la Machine la dernière en date des expositions consacrées à ce virtuose de la «ligne claire». La première affiche daterait ainsi de 1978. Il s’agirait d’un détournement de la publicité de Manpower. Notre ami a beaucoup détourné depuis. Il a fait siennes des images iconiques du cinéma aussi bien que des beaux-arts. Nosferatu, la Joconde, Hokusai, Fritz Lang ou la statuaire africaine se sont ainsi retrouvés intégrés à des projets graphiques aux buts le plus souvent politiques ou sociaux (les deux choses n’étant de loin pas incompatibles!). Le dessinateur défend de la sorte les causes qui lui sont chères ou qui reflètent, pour reprendre les mots d’une ex-rédactrice en chef du journal «Le Courrier», ses «valeurs» (2). Autant dire qu’il ne mettra pas sa plume et ses couleurs au service de n’importe qui et surtout de n’importe quoi. On peut du coup dire qu’Exem cautionne certaines initiatives.
L’affiche contre une Cité de la musique qui ne s’est jamais construite après un refus populaire.
Exem.
C’est à l’initiative de Dominique Huppi qu’Exem se retrouve à nouveau dans une institution, ou ce qui lui ressemble. L’homme de TV est un «fan» déclaré depuis 1988. Il a collectionné depuis lors les œuvres d’Exem, avec une préférence pour les affiches en format mondial. Un format typiquement suisse, soit dit en passant. Huppi semblait par conséquent le co-commissaire idéal pour créer un accrochage par définition sélectif. Il fallait choisir les sujets qui se retrouveraient aux cimaises de «Quai libre». Un espace restreint. Certains thèmes se sont ainsi vus privilégiés aux dépens d’autres. Le choix final adopté est politique au sens strict dans la mesure où la totalité des 40 pièces retenues ont été créées à l’occasion de scrutins fédéraux, cantonaux ou communaux. Avec des idées récurrentes et des ennemis devenus presque héréditaires. En Suisse on vote environ tous les dix ans les mêmes initiatives proposées par les mêmes partis, que rien ne décourage. J’ai du reste en ce moment sur mon bureau le bulletin pour m’exprimer une nouvelle fois sur l’accès à la propriété des logements…
Hokusai vient au secours de l’Assurance vieillesse.
Exem.
Si la Course de l’Escalade reste donc absente, il y a aux cimaises le serpent de mer de la traversée de la Rade, des tentatives (souvent malheureuses) d’arracher aux spéculateurs des espaces verts, les grandes dépenses de l’État ou l’Assurance vieillesse. Il se retrouve aussi, comme toujours avec la gauche, la défense des fonctionnaires que les gens du privé considèrent souvent comme des privilégiés. Peu d’images pour la culture, même si j’ai reconnu l’affiche créée pour un Musée d’ethnographie refusé par le peuple en 2001. Les cartels donnent du reste à chaque fois le résultat des votations. Combien de «pour». Combien de «contre». Audibles avec écouteurs, les commentaires d’Exem demeurent en revanche réservés à certaines œuvres clefs. On ne peut pas tout dire. Et puis les dessins parlent par eux-mêmes, sans sacrifier l’esthétique. À ce propos, je viens de voir dans la rue les placards créés pour les votations du 27 septembre prochain. Il m’a semblé que le graphisme suisse, naguère l’un des plus percutants du monde, n’était jamais tombé aussi bas. J’ai eu honte pour les auteurs comme pour les commanditaires. Comment peut-on?
(1) Il existe depuis 2009-2010 une galerie à Carouge dirigée par Exem est sa femme Mireille. «Séries rares» a brûlé en 2024, mais la petite entreprise est renée depuis, tel le phénix.
(2) Il existe du reste une certaine communauté d’idées entre Exem et «Le Courrier». Du moins à mon avis.
Pratique
«Exem aux urnes, 40 ans d’affiches politiques», Quartier libre, pont de la Machine, Genève, jusqu’au 2 janvier 2027. Tél. 022 420 75 75. Ouvert tous les jours de 11h à 17h. Entrée gratuite.
La lutte contre le béton est une constante chez Exem.
Exem.