Assiyah et Alliyah, 8 ans, joueuses de l'école de football du CS Interstar, avec Marianne Rossier, responsable de la structure, vendredi au stade de Varembé.Assiyah et Alliyah, 8 ans, joueuses de l’école de football du CS Interstar, avec Marianne Rossier, responsable de la structure, vendredi au stade de Varembé.20min/jef

C’est une première genevoise. Il existe depuis cette semaine une école de football 100% féminine. Jusqu’à présent, à cet âge-là, soit 4 à 8 ans, les filles pouvaient bien sûr rejoindre un club, mais elles étaient mélangées avec les garçons, donc très minoritaires – une configuration pas terrible pour se sentir à l’aise, susceptible d’en décourager certaines. La nouvelle structure a été créée par le CS Interstar, basé au stade de Varembé, avec le soutien financier de la Ville de Genève.

«On a constaté que les filles avaient beaucoup de peine à démarrer très tôt, observe le président du club, Omer Ibrahimof. Elles commencent plutôt entre 11 et 13 ans», un âge où existent des équipes strictement féminines. D’où l’idée de placer les plus jeunes «dans une zone de sécurité, à elles. On tente le coup. On les sépare des garçons et on regarde. On va être patient.»

Objectif: réunir soixante fillettes

Mercredi, la première session a réuni douze fillettes, mais «l’objectif, c’est d’atteindre soixante», et de pouvoir faire de petits groupes d’au maximum dix à quinze joueuses, réparties par âge, explique Marianne Rossier, la responsable technique de l’école de football des moins de 11 ans (FF11) et des moins de 14 ans (FF14), embauchée spécialement pour développer le football féminin à Varembé, grâce une subvention de la Municipalité.

À moyen terme, le rêve d’une académie féminine

«Nous avions toujours dit que le succès de l’Eurofoot féminin, en 2025, ne devait pas juste être ponctuel, qu’il devait en rester quelque chose pour le football féminin à Genève», explique la conseillère administrative Marie Barbey-Chappuis. La disparition de l’Olympique de Genève, qui évoluait aussi à Varembé comme le CS Interstar, a représenté une opportunité. «Des surfaces de jeu devenaient disponibles. Il fallait que cela bénéficie au football féminin, en manque de terrains et de créneaux.»

La magistrate est persuadée que cette école de foot «va permettre au football féminin de progresser», et elle voit plus grand, à moyen terme. «Il s’agit d’une première pierre, qui lance une dynamique. L’idée serait de pouvoir créer une véritable académie féminine à Varembé. On sent qu’il y a une attente.»

«L’objectif, c’est que les filles se disent: le foot n’est pas un sport de garçon. Si je veux commencer à 8 ans ou avant, je peux.»

Marianne Rossier, responsable de l’école de football

Assiyah et Alliyah, timides jumelles de 8 ans, ne voient pas aussi loin, mais paraissent ravies d’être «juste entre filles. On préfère.» L’an passé, elles n’étaient que quatre au milieu des garçons de l’école de football. «Ils étaient beaucoup.» Marianne Rossier estime que «c’était le moment ou jamais» de lancer une telle initiative. «L’objectif, c’est que les filles se disent: le foot n’est pas un sport de garçon. Si je veux commencer à 8 ans ou avant, je peux.»

En dix ans, un développement fou

La responsable compte désormais sur le bouche à oreille pour remplir l’école. «Le but, c’est que les filles, dont certaines, à cet âge, sont aussi fortes que les garçons, fassent leurs classes ici, puis qu’elles intègrent les actives. D’ici quelques saisons, on les verra en première équipe», qui évolue en 2e ligue interrégionale. «Pour nous, les former est une réussite.»

Tout sourire, Jennifer Lucimba, l’entraîneuse de l’école de football, qui coache aussi les filles de moins de 17 ans (FF17), arrive à Varembé. «Il y a dix ans, ici, il y avait juste une équipe de juniors et une d’actifs. On n’aurait jamais pensé que le foot féminin prendrait une telle ampleur!»

Jérôme Faas

Jérôme Faas (jef), né en 1976, est journaliste et responsable adjoint de la rubrique Régions de 20 Minutes, titre qu’il a rejoint en 2012.