Avec la violence des bombardements et l’effondrement du système de santé, Gaza est devenue la zone comptant le plus grand nombre d’enfants amputés par habitant au monde. L’Association palestinienne de football pour amputés tente de redonner un avenir à ces jeunes en les ramenant sur les terrains.

Pour Malak Ismaïl Al-Ghoul, une jeune Gazaouie, l’entraînement hebdomadaire de football lui permet d’oublier la nuit du 3 mars 2024. « On va jouer au foot, on a entraînement, pour ensuite participer à des tournois », confie-t-elle samedi au micro du 19h30. Mais pour pratiquer le sport le plus populaire de l’enclave sous blocus, elle doit parcourir des kilomètres à travers les ruines. L’immense majorité des infrastructures de foot ont en effet été détruites par l’armée israélienne.

Le trajet est particulièrement éprouvant. Khaled Jebril, coach de l’Association palestinienne de football pour amputés (PAFA) témoigne de cette épreuve: « Le déplacement des personnes handicapées est très, très, très difficile, que ce soit avec une béquille, un fauteuil roulant ou d’autres moyens d’assistance. »

>> Voir le sujet du 19h30 : A Gaza, une association redonne espoir aux jeunes amputés grâce au football A Gaza, une association redonne espoir aux jeunes amputés grâce au football / 19h30 / 3 min. / aujourd’hui à 19:30 S’approprier un nouveau corps

Malak, Minnah et Sama portent dans leur chair les traces d’une guerre qu’une commission de l’ONU a qualifiée de génocide. Toutes trois ont été amputées d’une jambe. Depuis deux mois, elles apprennent à s’approprier leur nouveau corps dans cette équipe féminine qui vient d’être lancée par la PAFA. Fondée en 2018, l’association n’a jamais enregistré autant d’inscriptions.

Sur le terrain, l’ambiance est à la reconstruction. « Aujourd’hui, on est des gardiens de but. Ça veut dire quoi? Ça veut dire que vous faites partie de l’équipe nationale et que vous allez voyager pour représenter la Palestine à l’étranger », lance le coach pour motiver les troupes.

Après près de trois ans de guerre, des milliers de jeunes Gazaouis souffrent d’une profonde désocialisation. Pour cette équipe, le plus dur est souvent d’affronter le regard des autres. C’est là qu’intervient le coach Khaled Almabhouh: « A travers le sport, on les aide à retrouver l’estime d’eux-mêmes et à compenser énormément de choses qu’ils ont perdues. »

Pour atteindre les infrastructures sportives, les enfants doivent parcourir des kilomètres à travers les ruines. Pour atteindre les infrastructures sportives, les enfants doivent parcourir des kilomètres à travers les ruines. Oublier la guerre le temps d’un match

L’association a pour ambition de monter une équipe qui pourra jouer à l’international, mais les obstacles restent immenses, explique Fouad Ibrahim Galion, fondateur et directeur de la PAFA: « Ces enfants peuvent jouer et s’entraîner, mais qu’est-ce qu’il y a après ces efforts locaux? Il n’y a pas de possibilité de faire des tournois réguliers, car il n’y a ni sécurité, ni emploi. »

Le foot est la première étape d’une reconstruction physique et psychologique qui prendra des années dans le Gaza actuel. « J’ai l’impression que je me déconnecte quand je suis sur le terrain. Je ne pense qu’à jouer. Cela me rassure, car je ne pense plus aux bombardements ni aux roquettes et ça me fait oublier que j’ai perdu une partie de mon corps », raconte Malak.

Le parcours de Malak est marqué par le traumatisme. Alors qu’elle assiégeait la ville, l’armée israélienne a détruit la maison dans laquelle sa famille avait trouvé refuge. Elle et sa belle-mère sont restées 14 heures prisonnières des gravats. « Ma belle-mère a appelé les Israéliens pour qu’ils nous aident ou qu’ils nous tirent dessus. On ne pouvait plus supporter d’être enfouies sous les décombres », raconte-t-elle. L’armée israélienne leur a finalement porté assistance, avant de les évacuer de la zone.

« Maltraitance médicale »

Malak subit ensuite ce qu’elle qualifie de « maltraitance médicale » dans un hôpital gazaoui saturé, ce qui lui coûtera sa jambe droite.

S’ensuivent la dépression et l’enfer des déplacements forcés en béquilles. « Juste après, le foot est entré dans sa vie », explique sa belle-mère. « C’était un timing parfait. Elle allait sombrer, mais depuis qu’elle y participe, elle a complètement changé et est devenue une autre personne. »

Aujourd’hui, Malak espère pouvoir quitter Gaza pour obtenir une prothèse et des soins adaptés, une reconstruction impossible dans l’enclave dévastée.

Sujet TV: Solène Gripon

Adaptation web: France-Anne Landry