Opinion

Le site archéologique de Saint Antoine a ouvert ses portes

Une journée a marqué le 5 septembre l’inauguration des lieux et celle de l’exposition de Joana Hadjithomas & Khalil Joreige.

Etienne Dumont Publié aujourd’hui à 21h28 LinkedIn Lien copié Error occurred Facebook Lien copié Error occurred X Lien copié Error occurred E-mail Lien copié Error occurred Copier le lien Lien copié Error occurred Intérieur d’un musée moderne avec une grande structure de pierres et galets au centre, des panneaux d’exposition sur le mur blanc et un puits de lumière naturelle.

Le mur avec le Louvre et la place des Martyrs. Plus, au fond, les carottes.

Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Annick Wetter, Mamco, Genève 2026.

Cette fois-ci, ça y est. Le site archéologique de Saint Antoine, SaSA de son doux nom, existe vraiment puisque les amateurs peuvent désormais le visiter. Les premiers d’entre eux ont pénétré samedi 5 septembre afin de voir des vestiges construits allant de l’époque romaine à la fin du XVIe siècle. Ils ont pu admirer au passage les œuvres du tandem libanais Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, invité par le Mamco. Des plasticiens dont la pratique est traversée par l’idée de palimpseste. D’où la présence dans leur intervention contemporaine de trois «carottes» prélevées dans des sols urbains marqués par la continuité d’une présence humaine. Une présence qui se serait vue aplatie par le passage du temps, qui écrase tout. Des dessins inspirés par les fouilles du Louvre ou de la place des Martyrs de Beyrouth évoquent d’une autre manière aux murs les tassements de l’histoire. Toutes les villes ne peuvent pas ressembler à Rome, où des couches architecturales presque intactes viennent se superposer.

La foire autour

Pour l’inauguration, la Ville avait prévu des tentes et des stands de nourriture. Elle ne changera jamais. Avec nos édiles au ras du sol tout doit se transformer en fête à neuneu. De gentils animateurs glapissaient donc dans le micro à l’intention d’un public infantilisé. Il flottait bien trop fort dans l’air une musique fort peu en rapport avec l’ancienneté du site. Il eut au moins fallu du chant grégorien. Je me suis dit au départ qu’il ne manquait plus que les saucisses grillées. Puis ne je suis rappelé que la bien-pensance était devenue végane. Heureusement que tout cela s’arrêtait pendant les tables rondes en compagnie des artistes, irréprochablement francophones. Pris entre Lionel Bovier, directeur du Mamco, et Cindy Dulac, responsable du SaSA, les duettistes éclairaient leur travail, fait de mémoire et d’espoir en des temps meilleurs. Suivaient les questions du public. Un public frappé de la différence entre une Genève paisible et un Liban en guerre. Le politiquement correct oblige de nos jours à ressentir un peu de honte de vivre dans un certain confort.

Il y a un squelette!

Un dernier point. Au final, il y a bien un squelette mâle ou femelle dans l’une des fosses découvertes entre 2010 et 2016 par les archéologues. Il se trouve aussi, mais par projection lumineuse, les ossements d’un enfant un peu plus loin. La réalité vraie pourrait ici choquer. On ne sait pas encore si ces corps sont en visite ou s’ils resteront pour de bon dans une dernière demeure qui était après tout la leur. Inutile de vous préciser que je suis pour la première solution. Un cimetière sans squelette, c’est comme une assiette vide dans un restaurant. Il y a un manque. L’imagination possède tout de même ses limites. Allez! Debout les morts!

Pratique

SaSA, 1, esplanade Théodolinde (dans la rue Théodore de Bèze), Genève. Tél. 022 418 20 10. Site https://geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h. Prix d’entrée libre.