Benoit Gouin accorde bien peu souvent des entrevues, même qu’il est plutôt pudique quand vient le temps de parler de lui. Mais il a joué le jeu pour le bien de la promotion du film La place de Louis Godbout, dans lequel il incarne l’un de ses plus imposants rôles en carrière. Entrevue avec le comédien sur ce projet, son été, sa vie auprès de sa belle Maryse et la fin impromptue d’Indomptables.
Benoit, que peut-on dire de ton personnage dans le film La place ?
C’est un homme très ambigu. Qui est-il ? D’où vient-il ? Où va-t-il ? Je ne peux pas répondre à ces questions sans brûler l’intrigue autour du personnage. Cependant, je dirais que c’est le rôle le plus ambigu que j’ai eu à jouer jusqu’à maintenant. C’est un ange de la mort : il représente la fatalité et il est comme un glacier qui avance. Il est une métaphore rappelant l’importance de prendre sa place dans la vie. Et ce personnage va permettre au couple qu’il croise, incarné par Christine Beaulieu et Maxim Gaudette, de se révéler dans ses faiblesses et dans son destin. Ce n’est pas facile de parler de ce film sans révéler quoi que ce soit, mais je dirais que c’est une fable. Ce long métrage a quelque chose de fantastique ; tout n’est pas réaliste dans l’histoire, qui porte sur la fatalité. J’adore ce film.

Il incarne un personnage complexe dans le film « La place », à l’affiche le 28 août.
Bertrand Calmeau / Funfilm
Quel souvenir gardes-tu de ce tournage ?
Il a été fort agréable, et avec une toute petite équipe. Je me souviens entre autres d’un enjeu de barbe, parce que je jouais aussi dans Dérive en même temps, et Patrick Sauvé, le réalisateur de la série, m’a demandé de garder ma barbe. Louis Godbout, le réalisateur du film, ne voulait rien savoir, parce qu’il disait que la mort n’avait pas de barbe. Mon personnage représente la faucheuse et je ne pouvais donc pas avoir l’air d’un père Noël. J’ai adoré incarner ce personnage qui devait rester neutre sur le plan des émotions. Aussi, ce qui est spécial avec Louis, c’est que, comme il finance ses films, il n’y a pas de stress sur ses plateaux. S’il faut tourner une journée de plus, eh bien nous tournons une journée de plus. C’est un beau luxe.
À quoi ressemble ton été ?
Disons que j’ai eu deux bonnes années avec deux films et trois séries, donc je me permets de respirer un peu cet été. Mais je dois avouer que je pensais que nous étions partis pour un long bout avec la série Indomptables. J’ai été vraiment déçu quand la série a été annulée. C’est triste, car cette fin abrupte représente une centaine de mises à pied. Je trouve ça vraiment dommage, car c’était une bonne fiction. Nous étions une belle gang et nous étions en proue dans cette nouvelle tendance country western. Donc ma blonde et moi avons un été plutôt calme et nous nous déposons au chalet.

Le clan Richer dans la série « Indomptables », qui revient le mercredi 9 septembre 2026, à 20 h, à TVA.
Photo d’Eric Myre fournie par TVA
Comment vis-tu les périodes où tu n’as rien devant toi professionnellement ?
Ça fait 40 ans que je fais ce métier-là. J’ai eu de très bonnes années et je suis bien conscient que je suis rendu à un âge où les rôles ne pleuvent pas. Je suis loin de me plaindre, parce qu’on m’a proposé ou offert de beaux rôles. Je ne m’angoisse pas avec ça, même que j’adore ça ne rien avoir à l’horizon. J’ai confiance. J’en profite pour jouer dans mon bois, je me trouve de beaux projets et je passe du temps avec Maryse Warda, la femme de ma vie. On est bien ensemble, à prendre le temps.

Benoit Gouin et sa conjointe, Maryse Warda, traductrice de pièces de théâtre, en 2024.
Dominic Gouin / TVA Publications
Benoit, ta carrière se déroule-t-elle comme tu l’envisageais ?
C’est drôle, parce que quand j’étudiais au Conservatoire de théâtre à Québec, je me voyais surtout faire du théâtre à Québec et créer ma propre compagnie. Je ne pensais même pas m’installer à Montréal. Puis l’avènement des grandes séries télévisées est arrivé avec Lance et compte, Les filles de Caleb et les autres, et peu à peu j’ai eu envie de jouer devant les caméras. C’est arrivé sur le tard pour moi, et c’est bien correct, parce que je ne pense pas que j’avais ce qu’il faut plus jeune pour gérer la vie publique. Je me serais peut-être enflé un peu la tête avec ça. C’est arrivé au bon moment dans ma vie.
Tu ne joues pas la carte du star-système. Tu accordes peu d’entrevues et on sait bien peu de choses sur toi. Pourquoi ?
Je n’aime pas tant parler de moi et je suis même un peu pudique. Je vais me prêter au jeu de l’entrevue quand il faut le faire pour la promotion d’un projet, mais je ne suis pas celui qui va se livrer corps et âme sur sa vie personnelle. Aussi, aujourd’hui, tu dis quelque chose et ça se retrouve partout sur les réseaux sociaux en étant souvent sorti du contexte. Je ne suis pas tant à l’aise avec ça.
Tu as 65 ans. Quel est ton rapport à ton âge ?
Je n’ai aucun problème avec ça et je ne sens pas tant le poids des années sur moi. Même que je me trouve chanceux et choyé de pouvoir vieillir. Quand je regarde des comédiens qui ont 10 ou 15 ans de plus que moi et qui font encore le métier, je trouve ça encourageant. Ce sont de beaux modèles pour moi. Mais sinon, je n’ai pas l’impression d’avoir l’âge que j’ai.
Tu t’enlignais vers une carrière en médecine. Qu’est-ce qui t’a fait changer de cap ?
J’ai étudié trois ans en médecine et j’aimais ça, mais voilà que j’ai eu la mauvaise idée de goûter à la scène, au théâtre, et c’est venu tout remettre en question et chavirer mes plans. J’ai réalisé que j’avais envie de devenir comédien et que c’est ce que je voulais faire de ma vie. Je n’ai jamais regretté mon choix.
Benoit, tu n’as pas eu d’enfants. Le regrettes-tu ?
Dans mon parcours de vie, c’est sûr que j’ai souhaité à un certain moment avoir au moins un enfant. Mais je n’ai finalement pas emprunté cette voie. Cela dit, j’aurais bien voulu, car je viens d’une famille nombreuse et je suis un gars de famille. Mais la vie en a voulu autrement, et c’est bien correct. Quand j’ai rencontré ma belle Maryse, elle était dans la quarantaine et elle ne souhaitait pas avoir d’enfant. Ce fut un petit deuil pour moi, mais je ne suis pas malheureux pour autant. J’ai vite passé à autre chose, car j’ai plusieurs neveux et nièces, et la transmission se fait de cette façon pour moi.
Le film La place est sorti en salle le 28 août. Indomptables reprend le 9 septembre sur TVA et TVA+.