Le ‘clipping’, une stratégie de montage sur les réseaux sociaux, pourrait bien faire la différence chez les jeunes électeurs et électrices dans le cadre de la présidentielle française. Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann ou Jordan Bardella l’ont notamment déjà adopté.
Nouvel outil des campagnes électorales, le clipping consiste à faire des petites séquences de quelques dizaines de secondes de longs débats ou autres interventions au JT.
Les monteurs, qu’ils soient des sympathisants ou issus directement des équipes de campagne, choisissent l’extrait qui passe bien ou qui déstabilise l’adversaire, sans se soucier du reste du débat ou de l’interview.
>> Lire également: : Candidatures pléthoriques et « risque élevé » au premier tour, pointe Nathalie Saint-Cricq
Conçu pour les réseaux sociaux
Le but est de marteler une idée pour l’imprimer chez ses auditeurs. Rapide, rythmé par une musique entraînante, le tout affiché avec des sous-titres colorés et vivants, le cocktail est parfait pour l’ère des formats courts qu’imposent TikTok et Instagram.
S’il n’y a pas encore de consensus officiel sur l’efficacité électorale de ces clips, leur nombre de vues et de likes peuvent donner une idée de ce qui va se passer dans les urnes, estime David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS, au Centre d’analyse et de mathématique sociales.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Réseaux sociaux.
Accepter Plus d’info
« Ubérisation de la désinformation »
« Les likes sont le reflet d’une opinion ou d’un assentiment. Il est clair que si un certain type de contenu reçoit plus de likes, ça peut refléter une meilleure approbation dans les urnes. Et surtout, si vous faites artificiellement plus de likes sur certains contenus, vous envoyez un signal aux autres électeurs qu’il y a un contenu qui est intéressant », observe David Chavalarias dans La Matinale.
Des politiciens français ont déjà fait appel à des agences de clipping, comme l’a révélé Le Parisien. Celles-ci ont été payées pour clipper des extraits des passages médiatiques et pour les diffuser en masse sur les réseaux
« Le clipping est une forme de tromperie sur les contenus de type vidéo, puisqu’il s’agit de raccourcir un extrait pour lui faire dire autre chose que ce qu’il dit réellement. Cela renforce ce phénomène de manipulation d’opinion », pointe David Chavalarias.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Réseaux sociaux.
Accepter Plus d’info
Atteindre les 18-24 ans
Le chercheur poursuit: « C’est une sorte d’ubérisation de la désinformation. Il s’agit de distribuer la diffusion d’éléments trompeurs ou manipulateurs à large échelle, en recrutant des volontaires qui seront en fait payés au résultat, c’est-à-dire au nombre de vues. » Les partis les plus dotés peuvent ainsi peser lourd dans les opinions, comme dans les urnes.
Avec cette méthode du clipping, les candidats à la présidentielle cherchent à toucher la tranche d’âge qui s’abstient le plus en France, celle des 18-24 ans. Cette génération a ses propres codes, que certains politiciens décident de s’approprier.
« Un politicien va pouvoir utiliser seulement un fragment d’une vidéo. Cette vidéo, puisqu’elle est courte, aura plus de potentiel d’être virale. Cela peut politiser certains jeunes qui n’ont pas accès à d’autres médias », détaille Cécile Santines, diplômée d’un master en journalisme et communication à Genève, dont le mémoire porte sur le contenu d’élus.
Juliet Ordjonikidze/asch