Trente ans plus tard, les souvenirs n’ont pas complètement quitté les ruelles. Alors que Céline Dion prépare à Paris son grand retour sur scène après plusieurs années d’absence, à Gorbio, certains se souviennent encore de l’hiver 1996.

Pendant quelques jours de janvier, roulottes, jongleurs, clowns et cracheurs de feu avaient pris possession du village azuréen. Et au milieu de cette étrange troupe, une jeune femme de 27 ans faisait virevolter sa longue cape sous les lampions.

Céline Dion tournait ici le clip de Falling Into You.

Nous sommes les 18 et 19 janvier 1996. La chanteuse québécoise est déjà une star internationale, mais My Heart Will Go On et Titanic sont encore à venir. Son nouvel album, Falling Into You, ne sortira que quelques semaines plus tard.

Pour les Gorbarins, l’arrivée de la chanteuse avait surtout quelque chose d’irréel. En 2021, à l’occasion des 25 ans du tournage, plusieurs habitants avaient raconté leurs souvenirs dans nos colonnes.

« J’étais adolescente et j’étais fan d’elle lorsqu’elle est venue à Gorbio », se souvenait Maylis Maulandi. Avec sa meilleure amie Célia, elle avait suivi le tournage comme on regarde un spectacle improvisé devant chez soi. « Nous étions comme des enfants devant toute cette magie. »

Un hélicoptère près du cimetière

La magie commençait dès le matin. Céline Dion séjournait alors au Carlton de Cannes et rejoignait Gorbio… en hélicoptère. L’appareil se posait à proximité du cimetière. Une arrivée assez peu ordinaire pour un village de l’arrière-pays mentonnais.

Le tournage occupait ensuite les ruelles et la place. De jour, puis longtemps après la tombée de la nuit. Pour l’une des scènes, le cœur du village s’était transformé en spectacle de cirque à ciel ouvert, éclairé par les lampions.

Les figurants ? En grande partie des habitants.

« Il n’y avait pratiquement que les gens du village », racontait Maylis Maulandi. Des enfants, des adolescents, des familles installées dans les tribunes pour les besoins du clip. Céline Dion, elle, évoluait à quelques mètres seulement, loin des foules qui entourent aujourd’hui chacun de ses déplacements.

La proximité est restée dans les mémoires. « Elle était très proche des participants », témoignait Denise Viale.

Seul problème : nous étions en janvier. Et les costumes prévus par la production avaient manifestement davantage pensé à l’image qu’aux températures de Gorbio.

« Nous étions tous très heureux de participer, mais tous gelés », s’amusait Chantal Alexandre.

Une soupe au pistou et un pressing en urgence

Pour réchauffer cette petite troupe, Yvan Bracco, alors aux commandes du restaurant Le Beauséjour, avait trouvé la solution : préparer une gigantesque soupe au pistou.

Son établissement était devenu, le temps du tournage, l’une des bases arrière de la production. Céline Dion y avait installé son vestiaire ainsi que son espace maquillage et coiffure. René Angélil, son mari et imprésario, y était également passé entre deux prises.

Yvan Bracco gardait surtout le souvenir d’une star accessible. Au détour d’une pause, il s’était installé au piano. Céline Dion l’avait accompagné quelques instants au chant.

Le tournage n’avait pourtant rien d’un long fleuve tranquille. La robe légère portée par la chanteuse supportait mal l’humidité et les longues heures de prises. Un soir, il avait même fallu trouver en urgence un pressing à Menton à 22 heures pour défroisser le costume avant de poursuivre.

Pour échapper un peu au froid, Céline Dion avait également trouvé refuge dans un appartement de la rue Garibaldi. Avant de repartir, elle aurait laissé sur un mur un baiser au rouge à lèvres accompagné d’une dédicace. Des années plus tard, il n’en restait déjà que quelques traces roses.

« Et soudain, j’ai vu Céline Dion »

En janvier 1996, roulottes, jongleurs, clowns et cracheurs de feu avaient pris possession du village azuréen.

En janvier 1996, roulottes, jongleurs, clowns et cracheurs de feu avaient pris possession du village azuréen.
Jean François Ottonello / Nice-matin

Tout le village n’avait pourtant pas reçu le programme.

Michel Isnard, futur maire de Gorbio, travaillait alors avec son épouse Marie-France à l’organisation de spectacles au Palais de l’Europe de Menton. Rentrés tard un soir, tous deux ignoraient qu’un tournage occupait encore les rues.

Au détour d’une ruelle, ils avaient aperçu une femme en longue robe courir dans leur direction. « Et soudain, j’ai vu Céline Dion ! », racontait-il.

Le couple venait surtout de se planter en plein milieu d’une prise. Derrière les caméras, l’équipe avait immédiatement crié de couper. Une rencontre improbable devenue, elle aussi, un morceau de l’histoire locale.

Avant de quitter Gorbio, la chanteuse avait également rendu visite aux élèves du village. Alicia Saramito avait 8 ans. Elle se souvenait d’une Céline Dion « simple, très cool », restée près d’une heure avec sa classe à signer des autographes.

Quelques semaines plus tard, le décor gorbarin apparaissait sur les écrans du monde entier. L’album Falling Into You sortait en mars 1996 et allait devenir l’un des plus importants de la carrière de la Québécoise.

Trente ans ont passé. Trente ans ont passé. Céline Dion s’apprête désormais à retrouver son public à Paris, où seize concerts sont programmés à la Plenitude Arena. À près de 1 000 kilomètres de là, à Gorbio, Falling Into You continue de ramener le village à ces deux jours de janvier 1996.