C’est peut-être un cliché qui tombe: non, les expatriés ne sont pas tous riches et n’ont pas tous une carrière flamboyante, même quand ce sont des Suisses et des Suissesses émigrés à l’étranger. Un témoignage recueilli par Tout un monde met en lumière ce que signifie être suisse et précaire en France.
Plus de 830’000 Suisses et Suissesses vivent à l’étranger, dont 210’000 en France. Parmi ces citoyens exilés, certains sont dans des situations précaires, une réalité souvent méconnue.
Depuis le début du 19e siècle, la Société Helvétique de Bienfaisance (SHB) offre à ces compatriotes en difficulté en France une aide financière, logistique ou psychologique.
L’histoire de la SHB commence en 1821. « A cette époque, de nombreux Suisses quittaient le pays pour trouver du travail », raconte Madeleine Boulanger-Zermatten, présidente de la société, dans l’émission Tout un monde. A l’instar notamment des soldats engagés dans les armées italienne, française ou espagnole, mais aussi des Suisses au bénéfice d’une bonne formation commerciale embauchés dans des bureaux de la capitale française.
« Parmi ces derniers, quatre amis partis travailler à Paris se sont regroupés pour former une société […] afin de venir en aide à leurs compatriotes qui n’ont pas la même chance qu’eux », relate la présidente.
La SHB a ainsi accompagné les Suissesses et les Suisses en exil tout au long des turpitudes de l’Histoire de France: guerres, choléra, grippe espagnole… Soutenue au fil de temps par la Confédération, la société vit aussi de dons, essentiellement ceux d’Helvètes expatriés en France, une sorte de solidarité compatriotique hors frontières.
Une aide aussi logistique et psychologique
Ces dernières années, le profil des personnes aidées par la SHB est plutôt féminin, notamment des femmes élevant seules leurs enfants ou retraitées, et qui peinent à finir le mois. D’autres bénéficiaires ont besoin de soins et n’arrivent pas à payer la mutuelle, l’assurance complémentaire en France.
Si l’aide prend avant tout une forme financière, elle peut aussi être logistique et psychologique. Une trentaine de bénévoles prennent notamment des nouvelles de personnes âgées isolées ou rendent visite à des personnes soignées à l’Hôpital suisse de Paris, constituant une sorte de filet de soutien.
En tant que Suissesse, j’ai dû expliquer et réexpliquer comment j’ai pu en arriver là
Nina, ancienne bénéficiaire de la SHB
Nina estime que ce filet de protection l’a sauvée. Elle est arrivée en France à l’âge de trois ans avec ses parents et tout allait bien pour elle jusqu’au jour où sa société de communication a été heurtée de plein fouet par la crise financière de 2008, se soldant par une liquidation. Elle a perdu son emploi sans avoir droit au chômage, avec un enfant en bas âge qu’elle a élevé seule. « Je me suis retrouvée sans rien », témoigne la sexagénaire.
Après avoir fait appel aux services sociaux, elle se tourne également vers l’ambassade de Suisse, qui la met en contact avec la SHB. « Grâce à eux, j’ai retrouvé un travail, même si c’était hors de ma sphère de compétence, et j’ai lentement pu remonter la pente. S’ils n’avaient pas été là, j’aurais été à la rue. »
Le nombre d’adhérents en chute libre
Une certaine image de la Suisse comme pays riche, dont les citoyens sont forcément fortunés, a pu lui porter préjudice alors qu’elle cherchait de l’aide, estime Nina.
« On pense toujours que les Suisses sont riches. Quand on est France et qu’on discute avec des Français, ils ne comprennent pas. En tant que Suissesse, même auprès des services sociaux parisiens, j’ai dû expliquer et réexpliquer comment j’ai pu en arriver là », raconte-t-elle.
La SHB aide actuellement une cinquantaine de personnes. Sur les 40 dernières années toutefois, le nombre de ses adhérents a diminué de 90%. Après plus de deux siècles d’existence, la SHB pourrait donc elle-même connaître des difficultés.
Ariane Hasler/kkub