Et si le vrai tournant du cancer se jouait moins dans nos habitudes que dans le temps qui passe ? Ce constat des spécialistes oblige à repenser prévention et soins après 60 ans.

On pense spontanément au tabac, à l’alcool ou au soleil quand on parle de cancer. Pourtant, pour de nombreux spécialistes, le facteur de risque le plus étroitement lié à la maladie est un autre élément, impossible à éviter : l’âge. En France, l’Institut national du cancer, agence publique de référence, situe l’âge médian au diagnostic à 68 ans chez les femmes et 70 ans chez les hommes, signe que le vieillissement pèse lourd dans l’apparition des tumeurs.

Autrement dit, plus on avance en âge, plus le risque de cancer augmente, même si les comportements comme le tabagisme ou l’excès d’alcool continuent de compter. L’INCa estime qu’environ 355 000 nouveaux cancers sont diagnostiqués chaque année en France, dont plus de 140 000 liés à des facteurs de risque modifiables. Il reste donc une large part associée à ce facteur non négociable qu’est le vieillissement, ce qui interroge notre manière de prévenir, de dépister et de soigner après 60 ans.

L’âge, premier facteur de risque de cancer

Les médecins distinguent des facteurs de risque « internes », comme l’âge ou certaines mutations héréditaires, et des facteurs « externes » liés au mode de vie ou à l’environnement. Pour l’Institut national du cancer, « le principal facteur de risque interne est l’âge ». Le tabac reste pourtant la première cause évitable de cancer, avec près de 68 000 nouveaux cas attribuables chaque année en France, l’alcool autour de 28 000, mais sur l’ensemble de la population, c’est l’avancée en âge qui fait le plus grimper la probabilité de développer la maladie.

Les données de l’Institut national du cancer des États-Unis (NCI), issues des registres SEER, illustrent ce basculement : pour tous les cancers confondus, l’incidence reste faible avant 40 ans, puis augmente fortement pour dépasser 1 000 cas pour 100 000 personnes chez les plus de 60 ans. Autrement dit, l’âge facteur de risque cancer domine largement les autres paramètres biologiques non modifiables.

Pourquoi le risque de cancer augmente avec les années

Sur le plan biologique, le vieillissement agit surtout sur l’ADN. Chaque jour, nos cellules subissent des agressions liées au métabolisme, aux rayonnements, aux substances chimiques. Le corps répare en permanence ces dégâts, mais avec le temps, ce système de réparation devient moins efficace, décrivent les fiches de prévention de l’Assurance Maladie, service public d’information en santé. Des mutations dites « somatiques » s’accumulent alors dans l’ADN de certaines cellules et, au-delà d’un certain seuil, peuvent dérégler les mécanismes de contrôle qui empêchent la prolifération incontrôlée.

Le vieillissement touche aussi le système immunitaire, chargé de repérer et d’éliminer les cellules anormales. Avec l’âge, cette surveillance se relâche, tandis qu’un état inflammatoire chronique de bas grade s’installe dans l’organisme, comme le montrent plusieurs revues scientifiques sur les liens entre immunité, inflammation et cancer. Ce terrain rend l’émergence de tumeurs plus probable, même sans tabac ni alcool. L’âge avancé représente donc le principal facteur de risque de cancer, sans être pour autant une cause unique ni suffisante à lui seul.

Prévention, dépistage et soins : ce que change l’âge

L’âge ne se contrôle pas, mais une part importante du risque reste liée à des facteurs modifiables. L’INCa estime qu’environ 40 % des cancers pourraient être évités en agissant sur le mode de vie, en particulier sur :

le surpoids et la sédentarité ;

les rayonnements ultraviolets.

Passé 60 ans, l’enjeu est d’adapter les traitements à chaque personne. Des recommandations de la Société américaine d’oncologie clinique (ASCO) préconisent une évaluation gériatrique avant les grandes décisions de prise en charge. Kristen Haase et Shabbir Alibhai rappellent que « le facteur de risque le plus important pour le cancer est autre chose : le vieillissement », et dénoncent l’âgisme qui freine encore la mise en place de ces soins spécialisés.