La 24e édition de Quand je pense à Fernande, le festival de la chanson française de Sète, propose du lundi 22 au vendredi 26 juin, cinq plateaux très variés qui font une belle place à la jeunesse, aux femmes et aux personnalités.

1 – Sam Sauvage & Solann

La 24e édition de Quand je pense à Fernande ouvre de la manière la plus élégante, en laissant la priorité à la jeunesse. Une jeunesse d’ores et déjà validée par le “milieu” puisque les invités du soir ont été sacrés tous les deux “révélation” aux Victoires de la musique. Sam Sauvage, c’était il y a deux semaines : le chanteur boulonnais n’est pas juste ce personnage immédiatement identifiable de grand échalas bien sapé, à la tignasse ébouriffée, gigotant dans le désordre sur un pastiche de synthpop eighties. Son énergie contagieuse et sa voix caverneuse sont au service d’un propos à la fois sensible et social tout sauf superficiel. Écoutez son album, Mesdames, Messieurs ! (Cinq7) et dansez sur lui !


Récompensée, elle, en 2025, Solann dégage une autre manière de sortilège, elle qui chante Appelle-moi sorcière et qui encourage le monde à « laisser les enfants s’imaginer des mondes entiers ». La gracile chanteuse, également danseuse, comédienne et danseuse est l’autrice d’un magnifique premier album, Si on sombre ce sera beau (Cinq7), recueil de chansons art pop ténébreuses et parfois féroces, qui nous évoque un croisement de Billie Eillish et Raphaële Lannadère. Rien que ça, oui ! Lundi 22 juin.

2 – Benjamin Biolay

Benjamin Biolay encore, mais oui ! Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, le crooner à la banane la plus classe de la chanson française est en réinvention permanente, impossible de se lasser. Après Grand Prix et Saint-Clair, deux albums profilés pour s’arracher à la pesanteur et décrocher les étoiles, c’est en toute décontraction qu’il a opéré sa descente, en planant sur l’envergure unique de sa plume.


Son 11e enregistrement, Le disque bleu (Universal) compte 24 morceaux, en deux volumes car Benjamin Biolay est “résident”, titre du premier, à Paris et à Buenos Aires, et se sent “visiteur”, titre du second, à Rio de Janeiro et à Sète… mais ce n’est peut-être pas aussi simple. Quoi qu’il en soit, son inspiration vagabonde entre chanson française, pop anglo-saxonne et inspirations solaires, et glane des merveilles. On fond ! Mardi 23 juin.

3 – Julien Clerc

Que dire de Julien Clerc, ce parangon de charme poli qui depuis un demi-siècle, met son vibrato sensible au service de mélodies mémorables et de textes concernés (choisis avec grand soin) ? C’est un beau cadeau que le festival Quand je pense à Fernande nous fait, à l’inviter ainsi dans le cadre intimiste (au regard de son potentiel public) du Théâtre de la Mer. Les choses étant bien foutues parfois, Julien Clerc s’y produit fort d’un 28e album magnifique au titre intimidant, Une vie (Parlaphone).


Avec l’aide de paroliers aussi variés et titrés que Serge Lama, Didier Barbelivien, Gaëtan Roussel ou Carla Bruni, Julien Clerc opère une manière de bilan de sa vie, en mettant en lumière ces sinuosités du destin qui incitent à l’humilité et à la générosité… Mais bien sûr qu’il chantera aussi ses tubes immarcescibles. Et aussi Nouveau big bang, cette merveille plus que trentenaire, allez savoir… Mercredi 24 juin.

4 – Les Sans Pattes + Sébastien Tellier

Préparez psychologiquement vos boussoles, ce soir, elles vont prendre le nord ! Fondé il y a une quinzaine d’années par l’authentiquement génial peintre Robert Combas et son copain plasticien Lucas Mancione, le groupe Les Sans Pattes produit un garage rock-electro d’une singularité toute sétoise, associant rythmiques obsédantes et poétiques hallucinées, pour une autre façon, éminemment punk, de figuration libre.


Une introduction parfaitement cintrée pour Sébastien Tellier qui, même s’il semble aujourd’hui vouloir décrocher la timbale qu’il mérite depuis toujours, conserve un grain qui, précisément, lui épargne la banalité d’un succès commercial. Fils d’Alain Tellier, guitariste du groupe Magma, le multi-instrumentiste fantasque associé à la nébuleuse French touch a frôlé la gloire en 2004 avec La ritournelle, sublime morceau de son 2e album, Politics, et signé quatre ans plus tard, un chef-d’œuvre absolu avec le disque Sexuality. Son nouvel enregistrement, Kill the beast (Because), est un peu moins obsessionnel mais franchement renversant, boule-à-facetté qu’il est avec des reflets italo-disco, chanson, eclectro French touch, prog, français, anglais… Jeudi 25 juin.

5 – Coline Rio + Jeanne Cherhal

De même qu’elle aura (c’est certain) soigné son entrée en pariant sur la jeunesse, la 24e édition de Fernande réussira sa sortie en la confiant aux femmes ; pas n’importe lesquelles ! Révélée en 2023 avec le délicat Ce qu’il restera de nous, Coline Rio s’impose avec son 2e album, Maison (Baronesa) comme l’un des plus bouleversantes autrices-compositrices-interrprètes d’aujourd’hui…


Dans le sillage, d’une certaine manière, de Jeanne Cherhal qui, elle, était (et demeure) la plus merveilleuse fille spirituelle de Véronique Sanson. Depuis un quart de siècle, elle brille tant au chant qu’au piano, à l’écriture et la composition. De ce point de vue, son plus récent Jeanne (Décibels) est un modèle qui aborde des questions on ne peut plus actuelles sur des airs intemporelles ; ce qui pour la grande variété française, signifie des mélodies pop délicieusement seventies. Classe ! Vendredi 26 juin.

Ouverture de la billetterie le 5 mars. festival-fernande.com