Premier choc de la saison pour le Paris FC. Le club francilien se déplace à Marseille pour la troisième journée de Ligue 1. C’est le bon moment pour affronter l’OM, qui semble en plein doute après sa défaite contre Monaco et ses problèmes financiers. La rencontre sera particulière pour Pablo Pagis, l’un des espoirs du PFC. L’ailier est le fils de Mickaël, ancien attaquant de l’Olympique de Marseille. Deux générations, un même nom et surtout une passion commune pour le jeu. À quelques heures du coup d’envoi au Vélodrome, ils ont accepté de partager leurs souvenirs.
Paris Match : Mickaël, quel est votre premier souvenir de Pablo avec un ballon ?
La suite après cette publicité
Mickaël Pagis : Ça remonte très loin. Tout petit déjà, lorsqu’il était encore dans son trotteur, il avait toujours un ballon avec lui, dans les pieds. Même avant qu’il ne marche, on lui lançait le ballon et il répondait tout de suite. Il a très vite montré une certaine dextérité. J’ai encore ces images en tête. Il a toujours été attiré par le ballon.
La suite après cette publicité
Pablo, et votre premier souvenir de votre père footballeur ?
Pablo Pagis : Le premier dont je me souviens vraiment, c’est son triplé contre Lyon avec Rennes. J’étais dans le stade. C’était en 2010, donc à la fin de sa carrière. Malheureusement, j’étais trop petit pour avoir beaucoup de souvenirs de lui lorsqu’il jouait.
La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
Comment naît alors l’envie de devenir professionnel ? En regardant votre père ou simplement parce que le football a toujours été là ?
P.P : C’est une passion depuis tout petit. J’ai toujours joué au foot et toujours voulu en faire mon métier. Mais j’ai traversé des étapes difficiles avant d’arriver où j’en suis aujourd’hui. Dans certains moments, je me suis demandé si c’était vraiment la vie que je voulais. J’en ai beaucoup parlé avec mon père.
Il m’a expliqué ce que ce métier représentait en termes d’engagement et les sacrifices qu’il fallait accepter. Au centre de formation, je me suis finalement dit que si j’étais là, ce n’était pas pour subir les événements. Il fallait essayer d’aller au bout.

Pablo Pagis porte le maillot du PFC.
N/C
/
© HUGO SEGATO
On imagine rarement à quel point le chemin jusqu’au football pro peut être difficile. Votre père vous a-t-il particulièrement aidé dans ces périodes ?
P.P : Oui. Avant d’en arriver là, j’en ai quand même bavé. Mon père aussi a connu des difficultés et il est arrivé tard en Ligue 1. Son expérience a donc été précieuse. Au centre de formation, j’ai connu des périodes où je jouais peu, notamment à cause des blessures. Il y avait également l’éloignement avec ma famille. Tout changeait d’un seul coup et ce n’était pas évident à accepter. On en a beaucoup parlé. Aujourd’hui, je ne regrette absolument pas d’avoir continué.
Mickaël, dans ces moments-là, comment parle-t-on à son fils : comme ancien joueur ou simplement comme père ?
M.P : D’abord comme un père. Et je ne suis pas seul : sa maman a toujours été très présente aussi. Nous avons essayé d’être très soudés pour l’accompagner. Quand tout va bien, finalement, il n’a pas forcément besoin de nous. C’est lorsque les difficultés arrivent qu’il faut être présent. Nous avons davantage d’expérience et nous sommes passés par certaines de ces situations.
Il faut beaucoup écouter. Essayer d’apporter une autre vision, lui dire les choses à éviter mais également celles qu’il peut faire pour sortir d’une période plus compliquée.
Est-il plus difficile de devenir professionnel aujourd’hui qu’à votre époque ?
M.P : Je ne pense pas. Chaque génération connaît ses difficultés. La concurrence a toujours existé. En revanche, aujourd’hui, il y a davantage d’attentes autour des jeunes joueurs et surtout les réseaux sociaux, toute cette exposition qui n’existait pas lorsque je jouais. L’extra-sportif a pris une place beaucoup plus importante. J’ai beaucoup échangé avec Pablo là-dessus, surtout lorsqu’il était plus jeune. Je lui ai souvent répété une phrase : pour vivre heureux, vivons cachés. Ne pas trop s’exposer. C’est un peu notre leitmotiv.
Vous-même avez toujours davantage parlé sur le terrain qu’en dehors…
M.P : Oui. Nous sommes avant tout des joueurs. Je dirais même que nous sommes passionnés par le jeu plus que par le métier de footballeur. C’est le jeu qui a animé toute ma carrière. C’est aussi ce que j’ai essayé de transmettre à Pablo : faire son travail sur le terrain, prendre du plaisir, être performant, savoir se remettre en question. Ensuite, bien sûr, il faut répondre aux sollicitations extérieures, mais à petites doses.
Pablo, le nom Pagis a-t-il été une force ou parfois un poids ?
P.P : Cela ne m’a jamais vraiment posé de problème. Depuis tout petit, je suis habitué à avoir ce nom et cette étiquette de « fils de ». Je l’ai déjà dit dans d’autres interviews : si demain on arrêtait totalement de m’en parler, je trouverais presque ça bizarre ! J’ai appris à vivre avec et même à m’en servir. Ça fait partie de moi. Et puis mon père a laissé une très bonne image dans le football. Forcément, cela rend les choses plus faciles à porter.
Vous venez justement de franchir une nouvelle étape en rejoignant le Paris FC, un club aux ambitions importantes. Ressentez-vous une attente particulière ?
P.P : C’est un projet extrêmement ambitieux, qui continue à grandir. Et c’est précisément ce que je recherchais parce que, moi aussi, j’ai envie de grandir. Je trouvais que les deux correspondaient bien. Il y a forcément des attentes, mais lorsqu’on est footballeur professionnel, il y en a partout. Personnellement, j’essaie de ne pas changer ma manière de fonctionner par rapport à Lorient. Je joue comme je le faisais l’année dernière, sans me mettre une pression supplémentaire en pensant en permanence aux ambitions du Paris FC.

Mickaël Pagis en 2006. Il portait le maillot de l’Olympique de Marseille.
N/C
/
© CLAUDE PARIS/AP/SIPA
Mickaël, votre passage de Strasbourg à Marseille vous permet-il de comprendre ce changement de dimension ?
M.P : Bien sûr. Pablo a signé au Paris FC parce qu’un vrai projet se construit et qu’il en fait partie. Il y a automatiquement davantage d’attentes autour de lui. Je l’ai vécu également lorsque je suis arrivé à l’OM. Et dans ces moments-là, il faut toujours revenir à la même chose : le terrain. Le travail quotidien, l’entraînement, la récupération. Ne pas se laisser emporter par la médiatisation ou les attentes extérieures. Lorsqu’on change de club, il faut aussi s’adapter à de nouvelles habitudes, de nouveaux partenaires, une nouvelle région, une nouvelle organisation. Toutes ces choses comptent. Pablo sait où il a mis les pieds et il s’adapte très bien.
Pablo, pour votre premier match à domicile avec Paris (victoire contre Nice), avez-vous senti cette pression ?
P.P : Franchement, non. Quand on arrive dans un nouveau club, on sait qu’il y a des attentes. Mais nous avons aussi un staff qui nous fait énormément confiance et ça aide beaucoup. Nous sommes entrés sur le terrain sereins et sûrs de nos forces.
Et maintenant arrive Marseille. Le Vélodrome, l’OM, le dimanche soir… C’est forcément un match particulier pour un Pagis ?
P.P :Oui, bien sûr. Ce sera particulier pour toute ma famille. Ils ont vécu là-bas, mon père y a joué et il a adoré son expérience marseillaise. Mais je vais essayer de préparer ce match exactement comme les autres, sans changer mes habitudes, collectivement comme individuellement. Il faut essayer de faire abstraction de tout ce qu’il y a autour et chercher avant tout à obtenir un bon résultat. Après, c’est Marseille. Que l’on joue pour le Paris FC ou le Paris Saint-Germain, il y a forcément quelque chose de particulier dans un match entre Paris et Marseille. Il existe cette rivalité. Ce sera très excitant, d’autant plus un dimanche soir.
Mickaël, le Vélodrome, lorsqu’on y arrive comme adversaire, il faut être solide…
M.P : Il faut être solide comme adversaire, mais il faut l’être encore davantage lorsqu’on porte le maillot de l’OM !
Je crois que Pablo avait depuis un moment envie de découvrir le Vélodrome en tant qu’adversaire. Ce sera le cas. Il entrera sur le terrain pour gagner, défendre les couleurs du Paris FC et être performant. Mais évidemment qu’il va apprécier l’ambiance. Même l’entrée sur le terrain à l’échauffement est un moment particulier. Il faut utiliser cette atmosphère pour se galvaniser et prendre encore davantage confiance.
Mickaël, question piège : si le Paris FC marque, vous vous levez ?
M.P : La question ne se pose pas vraiment parce que je ne suis pas quelqu’un de très expressif ! Maintenant, si Pablo marque, c’est évidemment différent… Je serai derrière le club dans lequel joue Pablo, c’est normal. Après, j’ai surtout envie de voir un bon match. Quand je regarde du football, c’est cela qui m’intéresse : voir du jeu, dans un bon état d’esprit. Et forcément encore davantage quand Pablo est sur le terrain.
Quel conseil lui donneriez-vous avant d’entrer au Vélodrome ?
M.P : De rester lui-même. Faire ce qu’il sait faire et surtout ne pas surjouer. Tout simplement.
Si vous deviez citer trois qualités footballistiques de Pablo ?
M.P : Une bonne vision du jeu, une vraie qualité technique avec le ballon et un très bon sens collectif.
P.P : Ça me va ! Mais il a oublié la finition…
M.P : Sinon, j’aurais décrit toute sa carrière ! (Rires.)
Justement, avez-vous comme petit objectif secret de terminer votre carrière avec davantage de buts que votre père ?
P.P : Non, pas du tout. Nos jeux peuvent se ressembler, mais mon père évoluait beaucoup plus près de la surface que moi.
On ne joue pas exactement au même poste. Moi, je peux évoluer beaucoup plus bas, parfois presque au milieu de terrain. Si nous avions tous les deux été de purs numéros 9, j’aurais peut-être eu ce petit objectif. Mais là, franchement, non.
Et puis lorsque je regarde certains de ses buts, son sang-froid devant le gardien, les petits piqués qu’il faisait… je me dis quand même que ce n’était pas mal !
Pablo, l’équipe de France est-elle désormais un objectif ?
P.P : Forcément. Quand on joue au football, on rêve d’être sélectionné en équipe nationale. C’est un objectif, mais je sais aussi qu’il reste énormément de travail et beaucoup d’étapes à franchir. Le football va très vite. Je n’en fais pas une obsession et je ne veux surtout pas me mettre de pression avec ça. Mais évidemment qu’on y pense. Quand on regarde les matchs de l’équipe de France, on a envie d’y être. Il faut simplement garder les pieds sur terre.
Mickaël, vous avez connu les sélections de jeunes sans atteindre l’équipe de France A. Que manque-t-il encore à Pablo pour franchir ce cap ?
M.P : Il doit continuer à faire ce qu’il a fait la saison dernière : être constant et décisif. Mais pour cela, il a aussi besoin des autres. Ce n’est pas un joueur qui joue seul. J’étais pareil. Il faut qu’il soit performant, régulier, mais aussi que son équipe fonctionne. S’il évolue dans une équipe en difficulté toute la saison, ce sera forcément plus compliqué. Si le Paris FC obtient de bons résultats et que Pablo est performant, il s’en rapprochera. Ensuite, ce sera une question de choix du sélectionneur.
À la maison, entre deux Pagis, réussit-on quand même à parler d’autre chose que de football ?
P.P : Oui… enfin, ça dépend ! Souvent, ma copine et ma mère parlent ensemble d’un sujet et nous, à côté, on parle foot.