Le tour de vis monétaire va avoir des répercussions sur les prêts immobiliers, les emprunts des entreprises et les émissions de dette des États.

( AFP / DANIEL ROLAND )

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Dans le sillage de la reprise des hostilités au Moyen-Orient, et une poussée de l’inflation, la Banque centrale devrait augmenter ses taux d’intérêt jeudi pour la deuxième fois cet été. Le principal taux directeur, sur les dépôts, devrait être relevé d’un quart de point, à 2,5%, d’après des analystes interrogés dimanche 6 septembre.

Il s’agirait de la deuxième hausse de taux de l’année après celle de juin décidée en réponse à un premier regain d’inflation. La BCE a marqué ensuite une pause en juillet dans l’espoir d’une désescalade entre les États-Unis et l’Iran. Depuis, la reprise des hostilités dans le conflit opposant Washington à Téhéran a entraîné

une forte hausse des cours du pétrole et douché les espoirs d’une reprise rapide des flux énergétiques

via le stratégique détroit d’Ormuz.

Dimanche encore, le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a menacé de ripostes « plus rapides et plus intenses » face aux attaques américaines, après que Téhéran a ciblé des navires de guerre américains en représailles aux frappes contre des pétroliers iraniens.

Les effets sur l’inflation dans une zone euro fortement dépendante des importations d’énergie est bien réel : l’agrégat a atteint en août

un plus haut depuis trois ans à 3,3%

, bien au-dessus de l’objectif de 2% fixé par la BCE.

Plusieurs ténors de l’institution francfortoise, dont Isabel Schnabel, membre du directoire, et Joachim Nagel, président de la Banque fédérale d’Allemagne, ont laissé entendre qu’un relèvement des taux en septembre était justifié. L’institution présidée par Christine Lagarde s’apprête donc à resserrer le loyer de l’argent avec des conséquences sur les prêts immobiliers, les emprunts des entreprises et les émissions de dette des Etats.

Dans ce contexte, une nouvelle hausse des taux pourrait aussi être perçue comme un rappel du mandat de la BCE exercé indépendamment des débats politiques nationaux, au moment où

la question de l’annulation de la dette détenue par la Banque de France

pour le compte de la Banque centrale européenne (BCE) a fait son entrée dans la campagne présidentielle française.

Les gardiens de l’euro disposeront jeudi de nouvelles projections macroéconomiques à l’horizon 2028. Les prévisions d’inflation pourraient être légèrement relevées, confortant les partisans d’un nouveau tour de vis monétaire, selon des analystes.

Une économie résiliente

L’économie de la zone euro continue, elle, de faire preuve d’une certaine résilience

. Sa croissance au deuxième trimestre a dépassé les attentes, atténuant les craintes qu’un coût du crédit plus élevé ne pèse trop lourdement sur l’activité.

Tous les économistes ne sont toutefois pas convaincus de la nécessité d’un nouveau relèvement des taux jeudi. Pour Felix Schmidt, chez Berenberg, une telle décision serait une erreur. L’inflation récente découle avant tout de la flambée des prix de l’énergie, sans diffusion marquée au reste de l’économie, et « un choc d’offre ne se traite pas avec une politique monétaire plus restrictive », explique-t-il à l’

AFP

.

Capital Economics juge aussi peu probable que la flambée de l’énergie se traduise par des effets durables sur les salaires ou les prix sous-jacents, ce qui exclut une prochaine hausse des taux après celle attendue en septembre.

D’autres observateurs estiment au contraire que la BCE devra aller plus loin.

« Nous prévoyons une nouvelle hausse des taux en décembre, qui porterait le taux de dépôt à 2,75% »

, dit Michel Martinez, chef économiste chez Société Générale CIB. Un tel scénario supposerait, selon lui, une communication résolument « hawkish », c’est-à-dire un discours ferme laissant entendre que la lutte contre l’inflation reste la priorité et que d’autres relèvements de taux demeurent possibles. « La BCE devrait ensuite marquer une pause pendant quelque temps afin d’évaluer l’évolution de l’économie et de l’inflation », conclut-il.

La Fed, la banque centrale des États-Unis, pourrait de son côté relever ses taux lors de la prochaine réunion des 15-16 septembre, elle qui ne les a plus bougés depuis décembre 2025.

Les créations d’emplois bien supérieures aux attentes en août renforcent les arguments en faveur d’un nouveau tour de vis monétaire aux États-Unis. Les responsables de la Fed attendront encore les chiffres de l’inflation avant de trancher.