INTERVIEW – Dans le cadre de la Fashion Week parisienne, la créatrice de vêtements, auteure et journaliste revient avec un format vidéo diffusé pour Madame Figaro, inspiré de son émission culte La mode, la mode, la mode. Rencontre.

En 2006, alors que Le Diable s’habille en Prada  fait un carton dans les salles de cinéma, une jeune journaliste lance son émission télé baptisée La mode, la mode, la mode. Un condensé hebdomadaire de décryptages de défilés et d’interviews de créateurs, diffusé sur Paris Première jusqu’en 2019, qui fera d’Alexandra Golovanoff la présentatrice star de la chaîne. Cette année, en pleine Fashion Week de Paris, la journaliste relance pour Madame Figaro une nouvelle version de cette émission, essentiellement sur Instagram et YouTube, cette fois nommée La mode, toujours la mode.

Madame Figaro. – Pour cette Fashion Week de Paris, vous revenez en force avec un nouveau format vidéo baptisé La mode, toujours la mode . Parlez-nous de ce projet.
Alexandra Golovanoff. – Je ne veux pas refaire la même chose que La mode, la mode, la mode qui était une émission de télévision avec une production classique. Je veux plutôt que ce soit évocateur parce que cette émission manque à plein de gens. On m’en parle souvent, je reçois des messages sur Instagram sans arrêt qui me demandent si elle va revenir un jour… Même si le monde a beaucoup changé depuis le premier épisode, j’ai l’impression que l’envie de longs formats vidéo est toujours là. On va se plonger dans la Fashion Week tout en restant dans une forme de réalité. C’est-à-dire retrouver tous ces gens qui se connaissent, qui se retrouvent, qui se parlent. Qui sont-ils ? De quoi parlent-ils ? Qu’est-ce qu’ils se disent ? Quels sont les sujets du moment ? Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais tellement envie de ça : remettre les gens de la mode au milieu de la mode.

Alexandra Golovanoff au Bal D’Été. (Paris, le 6 juillet 2025.)
Arnold Jerocki / GC Images


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Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer ?
J’ai un grand principe dans la vie que Karl Lagerfeld m’a appris : «Il n’y a pas besoin d’un plan B, il n’y a que le plan A qui compte.» Ce projet donc, ce plan A, je l’ai proposé à des gens que j’apprécie. Si ça résonne en eux, on fonce. Autrement, je continue, j’avance. Avec Madame Figaro, tout s’est fait dans la spontanéité.

J’ai toujours pensé que la mode était comme un nouvel album, qu’il faut tendre l’oreille et l’écouter plusieurs fois avant de l’apprécier ou non.

Alexandra Golovanoff

À quels défilés pourra-t-on vous croiser ?
On commence demain avec Dior, c’est au musée Rodin, c’est toujours au musée Rodin et ça fait des années que c’est au musée Rodin. Et justement, ces lieux veulent dire quelque chose. Cela veut dire que les marques ont presque toutes des adresses de défilés. Louis Vuitton, c’est au Louvre, Chanel, c’est au Grand Palais, Saint Laurent, c’est la Tour Eiffel. Tout cela s’inscrit dans un vocabulaire que j’ai envie de décrypter. Plus que de dire : «Cette marque, wow ! Celle-ci, bof.»

Vous travaillez dans cette industrie depuis plus de vingt ans. Qu’est-ce qui a le plus changé selon vous dans la façon de traiter la mode ?
Je trouve que la mode est traitée de façon très lapidaire, notamment sur les réseaux sociaux avec des formats très courts, parfois qui se comptent en nanosecondes. C’est très «j’aime, je n’aime pas». C’est souvent juste un mot, ce que je trouve un peu violent. J’ai toujours pensé que la mode était comme un nouvel album, qu’il faut tendre l’oreille et l’écouter plusieurs fois avant de l’apprécier ou non. Aujourd’hui, je trouve qu’il manque cette gourmandise de mode qui nous amène à nous poser des questions. Est-ce que cette collection me plaît ? Est-ce que je me verrais habillée comme ça ? Comment pourrais-je mettre ce vêtement ? C’est un peu ce que j’ai envie de remettre à l’honneur dans La mode, toujours la mode. Cette idée qu’au-delà du premier rang et des images statiques, on retrouve la rue, l’énergie de la ville, les gens dont c’est le métier… La mode, c’est un spectacle qui concerne tout le monde, mais n’oublions pas que c’est une vraie industrie, avec derrière beaucoup de travail, beaucoup de gens qui mettent du cœur à l’ouvrage, des entreprises qui y mettent de l’argent. Tout cela mérite qu’on s’y intéresse réellement. 

Justement, à l’heure des Fashion Weeks pensées pour les formats courts des réseaux sociaux, l’avenir ne serait-il pas justement pas dans cette idée de retrouver ces formats beaucoup plus longs et décryptés ?
J’ose espérer. J’ai envie de me poser, et comme beaucoup de gens je pense. Il suffit de regarder ce qu’il se passe au cinéma : aujourd’hui, tous les films qui sortent durent plus de deux heures. C’est comme s’il y avait un contrepied. Je suis toujours plutôt optimiste, et j’estime que s’il y a de la curiosité pour cet univers, il y aura de l’intérêt pour des formats un poil plus longs que ceux qu’on a l’habitude de voir. Pour mes formats prévus en cette Fashion Week, je vous rassure, on ne sera pas non plus dans le très long mais dans quelque chose de l’ordre de cinq minutes, ce qui est déjà pas mal.

Alexandra Golovanoff au défilé Givenchy printemps été 2026. (Paris, le 3 octobre 2025.)
Marc Piasecki / WireImage

Sur quelles plateformes allez-vous diffuser ce format ?
Quand on s’intéresse à la vidéo, on se heurte à une question fondamentale qui est celle du format. Est-ce que c’est du vertical ou est-ce que c’est de l’horizontal ? Aujourd’hui, la consommation digitale est quand même très verticale, pensée pour les smartphones. Donc ce sera diffusé sur Instagram, TikTok, mais aussi YouTube en format horizontal. Car c’est un format que je connais très bien, le même que celui de la télévision dans lequel j’ai été formée. 

Quels sont les autres projets que vous allez entamer cette année ? 
Cette année, je fête aussi les dix ans de ma marque (Alexandra Golovanoff, NDLR) qui est partie de quelques pulls en cachemire et qui maintenant est un vestiaire. J’aime profondément la mode, j’aime être multiple, d’où mon envie de créer des pièces qui peuvent se marier avec plein de styles. Autrement, plein de choses sont prévues cette année, je suis hyperactive…

Qu’avez-vous appris pendant toutes ces années ?
Que rien ne remplace cette intention qu’on met dans son boulot, cette énergie qui peut être une source d’épanouissement. Le fait de faire plein de choses, de beaucoup travailler et de prendre tout très à cœur, c’est plutôt un moteur pour moi. Ça aide à passer des moments qui sont moins sympas dans la vie. Ce que j’espère, c’est que cette nouvelle génération n’imagine pas que tout est rose dans la mode, et que l’on passe son temps à s’asseoir au premier rang des défilés en chaussures à talon. Dans ce premier rang, il y a aussi des gens qui ont un job, et qui sont arrivés là après des années de travail et d’investissement.