Étincelant dans son cadre doré flambant neuf, Un enterrement à Ornans (1849–1850) a dévoilé sa nouvelle peau ce 7 septembre, dans la salle 7 du musée d’Orsay désormais rebaptisée « salle Sylvain Amic », en hommage à son ancien président, disparu brutalement en 2025.
Le chef-d’œuvre de Gustave Courbet a repris vie dans la quiétude d’un lundi matin, jour de fermeture hebdomadaire du musée, après plus d’un an de restauration menée au cœur de l’effervescence de ses salles. Sous les yeux des visiteurs, il a ainsi peu à peu retrouvé ses couleurs et révélé quelques-uns de ses secrets.

Restauration de « Un enterrement à Ornans », œuvre monumentale exécutée par Gustave Courbet entre 1849 et 1850, mai 2025
i
© Laëtitia Striffling-Marcu / musée d’Orsay
Débutée en mai 2025, sa restauration s’est en effet déroulée en partie en public grâce à un dispositif de baies vitrées permettant d’observer les restaurateurs à l’œuvre tout au long de ce chantier orchestré par le musée d’Orsay et le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), et réalisé par la société Arcanes. Des visites au plus près de leur travail ont même été proposées, donnant un accès privilégié à 1 120 curieux au total. Sans compter les 405 élèves et enseignants de quinze classes de l’académie de Besançon, qui ont eux aussi pu découvrir les coulisses de cette opération dans le cadre du programme « Classes Culture ».
Une toile gigantesque difficile à restaurer
Il s’agit d’une restauration exceptionnelle à plus d’un titre. Déjà par la taille du tableau – 3,15 mètres de haut et 6,68 mètres de long. Des dimensions gigantesques qui compliquaient déjà la tâche de l’artiste… Courbet peinait à travaillait sur sa toile dans son atelier sombre et exigu, aménagé dans la maison familiale d’Ornans. Dans une lettre envoyée en 1850 à son ami Champfleury, il fulmine : « Je travaille à l’aveuglette ; je n’ai aucune reculée, il y a de quoi crever ».
Certains objets représentés seront exposés dans une vitrine disposée à côté du tableau dès la fin de l’année 2026.
Ce format monumental n’a pas aidé sa conservation : « La toile, de très grande dimension, était devenue avec le temps assez relâchée, assez distendue sur son châssis », explique Anne Robbins, conservatrice des peintures au musée d’Orsay. L’œuvre, déplacée à maints reprises (une vingtaine de fois durant ses trois premières décennies), était toujours montée sur un châssis datant de 1884.
À cela s’ajoutait un autre problème : « Le tableau était très assombri et obscurci par les nombreuses couches de vernis qui avaient été apposées au fil des années », poursuit-elle. Oxydés et jaunis, ces vernis masquaient la subtilité de la palette de Courbet.
À lire aussi :
Au musée d’Orsay, la colossale restauration d’« Un enterrement à Ornans » de Courbet débute sous les yeux des visiteurs
Au plus près du réel
Véritable monument du XIXe siècle, Un enterrement à Ornans fait partie de ces œuvres qui posent un jalon dans l’histoire de l’art. Présenté au Salon de 1850–1851, le tableau provoque un véritable coup de tonnerre. À la monumentalité réservée jusque-là à la peinture d’histoire répond ici la banalité d’un enterrement de village avec « des personnes qui représentent le peuple », résume Isolde Pludermacher, conservatrice générale des peintures au musée d’Orsay. Courbet ne les idéalise pas : il peint des portraits, et non des types, dans un paysage et un rite funéraire observés au plus près de la réalité.
Peints d’après nature, certains objets représentés sur la toile – notamment la chape noire de l’abbé, les toques rouges des deux bedeaux, le seau à eau bénite de l’enfant de chœur – seront présentés dans une vitrine disposée à côté du tableau dès la fin de l’année 2026.
Une nouvelle lecture
Près de 180 ans plus tard, la restauration permet de retrouver une partie de ce tour de force originel, qui a tant choqué les contemporains de Courbet. Le travail d’amincissement des vernis a fait réapparaître une palette plus lumineuse, du pelage nuancé du chien aux bas du personnage central, autrefois perçus d’un vert éteint et qui se révèlent désormais d’un bleu éclatant.

« Un Enterrement à Ornans » de Gustave Courbet n’avait pas fait l’objet d’une intervention depuis un demi-siècle, mai 2025
i
© Laëtitia Striffling-Marcu / musée d’Orsay
« On voit la tombe elle-même acquérir une nouvelle profondeur et une importance accrue dans la composition. »
Anne Robbins
Mais la découverte la plus remarquable se trouve sans aucun doute au bas de la toile. Lors de la dépose du châssis, les bords de la peinture ont pu être dépliés, révélant environ cinq centimètres de composition jusque-là occultés. « Ça paraît sans doute subtil mais ça en modifie la lecture », souligne Anne Robbins. La fosse apparaît désormais plus profonde, et le manche de l’outil du fossoyeur retrouve sa place dans la composition.
« On voit la tombe elle-même acquérir une nouvelle profondeur et une importance accrue dans la composition », poursuit la conservatrice. Une révélation qui n’a rien d’anecdotique. Au cœur de cet enterrement monumental, c’est bien la béance de la fosse qui constitue désormais le point de gravité du tableau.