Canalisations gelées, deuils quotidiens, souvenirs de l’occupation nazie: le nouvel épisode de « Carnets d’Ukraine » plonge dans la réalité d’un pays où le passé et le présent se confondent dans une même épreuve.

À la frontière polono-ukrainienne, par -27 degrés ressentis, une chauffeure de taxi polonaise raconte l’histoire de son beau-père. Enfant, il a fui les soldats nazis qui pourchassaient les hommes, juifs ou non, pour les tuer et brûler leurs corps. Son propre père, déporté dans un camp, en est revenu pesant 37 kilos.

Ceux qui ont survécu à la Seconde Guerre mondiale dans cette région racontent que les Allemands étaient effroyables. Mais les soldats russes? Pire encore, selon les témoignages transmis de génération en génération.

Cette expérience distingue profondément les Européens de l’Est du reste du continent. Là où l’Occident voit le Débarquement de Normandie comme de l’histoire ancienne, la Pologne et l’Ukraine vivent la guerre comme une menace permanente.

« Les Européens de l’Est n’ont encore jamais eu ce luxe de considérer les guerres comme de l’histoire. Ils sont à la place du mort depuis des lustres », observe Maurine Mercier dans ce nouvel épisode de son podcast.

Sous les bombes par un froid glacial

À Lviv, ville de l’ouest ukrainien souvent présentée comme épargnée, un lundi matin ordinaire affiche déjà deux enterrements de soldats à 11 heures. Une mère d’environ 70 ans hurle la perte de son fils tombé au front. Elle rejoint les centaines de milliers d’autres Ukrainiens et Ukrainiennes confrontées à l’horreur.

Les immeubles des villes ukrainiennes ont des problèmes de canalisation à cause des bombardements russes. [RTS - Maurine Mercier] Les immeubles des villes ukrainiennes reconstruits après 1945 ont des problèmes de canalisation à la suite des bombardements russes. [RTS – Maurine Mercier]

À Kiev, les immeubles racontent une double histoire de destruction. Certains, pulvérisés par les bombardements nazis, ont été reconstruits après-guerre avec des tuyaux de diamètres différents, faute de mieux.

Aujourd’hui, après des semaines de coupures d’eau provoquées par les frappes russes, les canalisations gèlent puis éclatent au retour de l’eau. Des immeubles entiers se retrouvent inondés, les nerfs lâchent, les insultes fusent. « Tous les bâtiments, vieux ou récents, ont ici une histoire terrible », confie un concierge.

C’est la stratégie russe à l’œuvre: bombarder les infrastructures jusqu’à épuisement.

>> Carnets d’Ukraine, épisode 24, à écouter sur Play RTS

Kyiv EP24 – La guerre en pleine poire / Carnets d’Ukraine / 10 min. / mardi à 18:00

Magali Philip