FINIES LES VENTES DE BOMBARDIER AUX ÉTATS-UNIS! Ses produits ne sont pas assez bons! a écrit le président américain, lundi après-midi.

Selon lui, l’entreprise aéronautique québécoise vit grâce aux acheteurs américains [et] aux entreprises américaines alors que le Canada empêcherait les entreprises américaines de faire affaire sur son sol.

Plus de 50 % de ses revenus proviennent des États-Unis, affirme Donald Trump à propos de Bombardier. L’entreprise aurait vendu pour environ 5,3 milliards de dollars américains de produits aux États-Unis en 2025, ce qui représente 56 % de ses revenus, selon ses derniers résultats financiers.

Une cause personnelle?

Donald Trump mentionne ensuite dans sa publication que l’entreprise américaine Gulfstream Aeropospace – une filiale de General Dynamics – s’était vue empêchée de faire affaire au Canada, une situation qu’il qualifie d’injuste et d’inéquitable.

Un avion d'affaires en construction.

Les avions d’affaires Global 8000 de Bombardier, construits au Canada, sont des compétiteurs directs des appareils G700 et G800 de l’entreprise Gulfstream, basée à Savannah, en Georgie.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

De surcroît, lors d’un point de presse le mercredi 2 septembre, le président américain s’est scandalisé qu’un de ses amis ait récemment acheté un avion privé de marque Gulfstream, mais qu’il n’ait pas pu l’utiliser au Canada.

Le président américain prétendait alors que, après avoir contacté le premier ministre Carney par téléphone, il avait obtenu que l’avion de son ami soit finalement certifié en l’espace de deux heures.

[Gulfstream] est considéré comme ce qui se fait de mieux, mais ils refusent de le certifier au Canada parce qu’ils fabriquent un appareil concurrent, le Bombardier Global Express.Une citation de Donald Trump, lors d’un point de presse, le 2 septembre dernier

M. Trump pourrait vouloir faire référence au nouveau modèle Global 8000 inauguré par Bombardier en décembre dernier (nouvelle fenêtre), un appareil qui visait notamment à faire concurrence à Gulfstream.

Vue d'ensemble de l'appareil, dans un hangar.

Le Global 7500, qui peut accueillir 19 passagers, est le modèle frère du nouveau Global 8000, dont la cabine est presque identique. Ce dernier est maintenant l’appareil le plus rapide de sa catégorie.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Au Canada, les appareils Gulfstream ont effectivement vu leurs certifications être temporairement retirées dans la dernière année, avant d’être rétablies en février (nouvelle fenêtre). Cette décision de Transports Canada s’appuyait toutefois sur des préoccupations de sécurité et n’avait aucun lien avec Bombardier.

Le Canada avait pris cette décision en raison des préoccupations de l’Administration fédérale de l’aéronautique des États-Unis (FAA) concernant une défaillance des systèmes de dégivrage des appareils G700 et G800. On craignait un blocage de l’alimentation en carburant en haute altitude, lorsqu’il y a formation de glace.

Bombardier serein

Dans un communiqué diffusé lundi en fin de soirée, Bombardier met de l’avant sa place dans l’économie étasunienne. Elle y parle notamment de ses usines de Red Oak, au Texas, et de Los Angeles, en Californie.

Les avions Bombardier génèrent des dizaines de milliers d’emplois aux États-Unis grâce à la présence américaine croissante de l’entreprise ainsi qu’au sein de sa chaîne d’approvisionnement […] répartie dans 47 États.Une citation de Communiqué de Bombardier

Dans une publication sur X immédiatement après l’annonce de Trump, la première ministre du Québec a indiqué ne pas vouloir répondre à la provocation par la provocation. Christine Fréchette assure toutefois que le Québec ne laissera personne dicter où ses entreprises doivent produire pour avoir accès à un marché.

Mme Fréchette dit avoir contacté Éric Martel, PDG de Bombardier, pour lui offrir son soutien.

En février dernier, M. Martel avait pourtant assuré que les menaces de Donald Trump envers Bombardier (nouvelle fenêtre) – qui durent depuis un certain temps – étaient « chose du passé » (nouvelle fenêtre). Il n’y aura pas de suite à ça, estimait le chef de l’entreprise montréalaise, qui emploie près de 20 000 personnes – dont plus de 3000 aux États-Unis.

À cette période, Donald Trump menaçait d’imposer des tarifs de 50 % sur les appareils de Bombardier, mais il n’a jamais mis sa menace à exécution. Pour calmer la grogne du président américain, Éric Martel avait même déclaré en février que son nouveau modèle, le Global 8000, contenait davantage de pièces américaines que les appareils de Gulfstream.

L'homme est pensif.

Éric Martel, le président-directeur général de Bombardier (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Éric Martel n’a pas réagi personnellement à la nouvelle de lundi. Or, vendredi dernier, il a accordé une entrevue à l’émission Zone économie, dans laquelle il aborde la possibilité de nouveaux tarifs américains.

[Les États-Unis] demeurent notre plus gros marché où on vend nos avions, reconnaît M. Martel dans cette entrevue qui n’a pas encore été diffusée sur les ondes d’ICI RDI.

Si on ralentissait nos cadences de production, oui, on ferait des mises à pied au Canada. Toutefois, mes 2800 fournisseurs aux États-Unis, eux aussi, ils feraient des mises à pied. Logiquement, ça n’a pas de sens [pour les Américains].Une citation de Éric Martel, PDG de Bombardier, en entrevue le 4 septembre 2026
Trump peut-il bannir une entreprise?

On ne peut pas interdire des avions qui ont déjà obtenu une certification, explique Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire de l’aéronautique et de l’aviation civile à l’UQAM, en entrevue sur ICI RDI.

Selon lui, la seule façon pour l’administration Trump d’empêcher la vente de produits Bombardier, c’est en signalant un problème technique valable auprès de la FAA. Une tâche qui serait loin d’être facile, puisque ce sont de très bons avions, ajoute-t-il.

Par contre, ce qu’il peut faire, c’est imposer des tarifs, nuance le professeur.

Il cite en exemple les tarifs de 292 % imposés à la C Series de Bombardier en 2017, durant le premier mandat de Donald Trump. Ces droits de douane ont finalement été annulés par les tribunaux, mais ils ont tout de même eu des effets importants sur l’entreprise. C’est un élément de plus qui avait poussé la C Series vers Airbus et vers son nouveau site de production en Alabama, rappelle M. Ebrahimi.

Centre de finition Bombardier.

Bombardier, qui vend presque exclusivement des petits avions d’affaires depuis la vente de ses autres filiales en 2021, représente encore 5 % des exportations totales du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Selon le professeur, la menace demeure sérieuse dans tous les scénarios, puisque Bombardier est totalement dépendant du marché américain, où volent environ 3000 de ses appareils.

Quand on vend des avions à 80 millions de dollars, on ne peut pas du jour au lendemain trouver un autre marché. […] Ce n’est pas un produit de consommation comme du blé, qu’on peut juste aller vendre ailleurs où il y a de la demande.Une citation de Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire de l’aéronautique et de l’aviation civile à l’UQAM

Et si Bombardier envisageait un déplacement de sa production pour contrer les menaces? C’est une option, [mais] il faudra dépenser des milliards pour construire d’autres usines aux États-Unis. C’est un projet à moyen terme, pas à court terme, précise M. Ebrahimi.

Réactions des partis au Québec

Sans surprise, la nouvelle menace américaine s’est invitée à l’ordre du jour de la campagne électorale québécoise.

Au Parti québécois, on tente de relativiser cette énième fronde de la Maison-Blanche. Je ne commenterai pas chaque tweet ou publication sur Truth Social, parce que ce ne sont pas des politiques publiques, a répondu le chef Paul St-Pierre Plamondon en point de presse.

Ce n’est pas la première fois que, sur ses réseaux sociaux, Trump fait ce genre d’allusion sur Bombardier, a renchéri le chef péquiste. [Mais] on a contacté Bombardier et on leur a dit : « Si vous y voyez un risque et si vous voulez en parler avec nous, on se rend disponible. »

Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, a offert une réaction similaire. M. Trump peut se lever demain matin et ça va être une autre entreprise, et on va être complètement ailleurs. Attendons d’avoir les détails, a-t-il exprimé en point de presse.

De son côté, le chef libéral, Charles Milliard, dit avoir envie de se battre pour Bombardier et déplore que la première ministre québécoise n’ait rien prévu pour faire face à l’imprévisibilité de la Maison-Blanche.