Ça commence par des silences qui contrasteront plus tard avec les hurlements des foules en liesse. Un hangar à l’intérieur duquel se cache une salle de répétition. Un peu d’émotion. Le groupe est au complet. Ou presque. Liam n’arrivera que le lendemain, mais le travail commence sans lui. Il faut remettre la machine en route, « huiler » les instruments et les corps un peu vieillissants. Ça prend forme, ça sonne comme au bon vieux temps, avec le petit supplément d’âme d’un retour inespéré.
Dès le lendemain, maître Liam se fait encore attendre. Si on ne connaissait pas l’issue de l’aventure, on se dirait que c’est mal barré. Un sale gosse déguisé en putain de rock star. « Vous savez, c’est beaucoup d’efforts pour n’en avoir rien à foutre », se vante l’enfant terrible de la pop anglaise. Noel, lui, « ne pardonne pas ». On a beau entendre le sermon d’un prêtre sur le sujet au cours du documentaire (le retour d’Oasis serait-il le fruit d’une intervention divine ?), les deux frères n’échangent pas un mot. Liam se contente du service minimum et repart. Mais bordel, il n’a rien perdu de sa superbe. Pas de tensions inutiles sur le sujet. Tout a changé, rien n’a changé.
Réparer les « conneries »
16 ans. 16 ans que les frangins ne s’étaient pas parlé. Ce fameux soir du 28 août 2009, le groupe s’est brutalement séparé en plein festival Rock en Seine, à la suite d’une violente altercation en coulisses entre les frères. Leurs enfants ne se connaissent pas. Le public, lui, ne les a pas oubliés. Loin de là, si l’on en croit les centaines de messages audio qui peuplent le documentaire. « Oasis a changé ma vie », « Grâce à leurs chansons, j’ai décidé de faire ce que je voulais de ma vie », « Je me suis raccroché à certains de leurs titres quand j’allais très mal ».
« Après tout ce qu’on a fait, moi, je nous aurais envoyé chier », avoue Liam. Pourtant, dès le 27 août 2024, date de l’annonce de leur retour et d’une immense tournée de cinq mois, les billets se sont arrachés à prix d’or. « On a l’occasion de changer l’histoire du groupe, de réparer les conneries qu’on a faites, Noel et moi. »
La tension monte
Le 4 juillet, à Cardiff, date du début de la tournée, près de 75 000 personnes sont au rendez-vous. « Ce sont des branleurs et nous aussi ! » clament les fans anglais du groupe à quelques heures du show. « J’ai l’impression d’avoir perdu un enfant. Et qu’il est enfin rentré à la maison », balbutie un aficionado de la première heure. Côté sécurité, c’est le branle-bas de combat. « On nous annonce des fans surexcités, shootés à l’adrénaline. »
Le ton est donné. Les frangins vont-ils arriver ensemble ? Séparés ? Dieu seul (encore lui) le sait. Le boss a beau tenter quelques blagues, la tension est plus que palpable. Au sous-sol, là où le groupe attend le grand moment, c’est le silence. Pourtant, dès leur arrivée sur scène, la magie opère. « J’ai grave sous-estimé l’ampleur de la chose », confie un Noel, complètement chamboulé par cette déflagration de joie et de larmes. Les parents sont venus avec leurs enfants. Les ados connaissent les paroles par cœur.
« On est de retour »
Royaume-Uni, Irlande, Australie, Japon, Corée du Sud, Brésil, Argentine, Chili et même États-Unis, où le groupe ne s’attendait pas à faire face à une telle popularité. L’émotion est partout, sur tous les visages. Les fans sont en communion, se prennent dans les bras sans se connaître. Et finissent vidés. Tout passe vite. Le montage s’accélère, le film s’envole, tout comme l’énergie et l’euphorie du groupe, qui semble prendre un plaisir infini.
Liam Gallagher n’a pas changé. Toujours une tête à claques, mais version cinquantenaire, comique ultraréaliste sur les erreurs du passé. Les frères parlent peu ensemble. Disent du bien l’un de l’autre (« J’avais oublié à quel point il était drôle », dit Noel. « J’avais oublié à quel point les gens l’aimaient », dit Liam). On ne saura jamais vraiment les dessous de ces retrouvailles, les rumeurs d’assurance pour garantir leur présence sur scène chaque soir ou encore l’ambiance dans les sous-sols des stades. On aurait aimé plus de matière, plus de temps (peut-être une version longue sur Disney+ ?).
Mais aujourd’hui, on sait tout de la ferveur des fans, de leur fidélité, de la transmission d’une génération à l’autre, de la puissance des titres d’Oasis. Du manque provoqué par la longue absence du groupe. Restent des larmes, de la sueur, des litres de bière, des chansons scandées comme des hymnes, des paroles comme des mantras. « Nous, on pourra continuer à monter sur scène même après une double opération de la hanche. Contrairement à Mick Jagger et ses figures de kung-fu. Le mec doit se demander pourquoi il a commencé à faire ça à ses débuts », ricane l’espiègle Liam, qui n’a pas manqué de régaler les photographes lors de ses apparitions sur tapis rouge à Venise et à Londres. Les tontons ont vieilli et le vivent très bien. « Pendant 15 ans, on ne s’est pas adressé la parole. Aujourd’hui, on s’envoie des vidéos débiles. Cette tournée a rectifié le tir », avoue Noel.
Pour la suite, il faudra attendre. Visiblement, pas très longtemps. Depuis quelques jours, le groupe poste des vidéos mystérieuses, censées contenir des indices sur les prochaines villes d’une nouvelle tournée. On croise très fort les doigts.
* Don’t Look Back in Anger. En salles IMAX la journée du 9 septembre et dans une sélection de salles le 11 septembre. Prochainement sur Disney+.